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BIBLIOTHEQUE
DE L'ÉCOLE
DES CHARTES
LXV.
IMPRIMERIE DAUPELEY-GOUVERNEUR, A NOGENT-LE-ROTROU.
BIBLIOTHÈQUE
DE L'ÉCOLE
DES CHARTES
REVUE D'ÉRUDITION
CONSACRÉE SPECIALEMENT A L'ETUDE DU MOYEN AGE.
LXV.
ANNÉE 1904.
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PARIS
LIBRAIRIE D'ALPHONSE PICARD ET FILS
RUE BONAPARTE, 82
^904
M
NOTICE
SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
DES
OEUVRES DE BRANTOME
CONSERVÉS A LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE.
Après avoir mené pendant trente-cinq ans la vie la plus active et la plus agitée, presque toujours en voyages, à la guerre ou à la cour, après avoir joui successivement de la faveur du roi Henri II et de celle de ses trois fils, François II, Cliarles IX et Henri III, Pierre de Bourdeille s'était retiré dans son château de Brantôme en Périgord. Il y passa les vingt-cinq dernières années de sa vie et, pour adoucir les regrets de « ces jeunes ans auprès desquels tous empires et royaumes ne sont rien' », pour se consoler de l'inconstance de la « Fortune traistresse et aveugle'^ », il s'adonna désormais tout entier à ses études et à la rédaction de ses livres, « que j'ay faictz, dit-il, et composez de mon esprit et invention, et avecques grand'peine et travaux, escrits de ma main^ ». Le 30 décembre 1609, craignant sa mort prochaine, alors qu'elle ne devait arriver que cinq ans plus tard, le 5 juillet 1614, il avait déposé entre les mains du notaire de Brantôme un testament solennel, dans lequel un long paragraphe était consacré aux manuscrits de ses œuvres et à leur publica- tion par les soins de ses héritiers^. Mais ceux-ci ne remplirent
1. Œuvres de Brantôme, éd. L. Lalanne, t. IX, p. 632.
2. Ibid., t. V, p. 396.
3. Ibid., t. X, p. 126.
4. Ibid., t. X, p. 126-128.
6 NOTICE SDR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
pas ses intentions, soit qu'ils n'eussent pas voulu peut-être ravi- ver le souvenir des guerres civiles du siècle précédent, dont les héros de Brantôme avaient été les principaux acteurs, soit plutôt qu'ils eussent trouvé trop lourde l'obligation qui leur était impo- sée de faire luxueusement imprimer ces volumineux recueils.
Cinquante ans devaient s'écouler encore avant qu'un libraire de Hollande fît paraître à Leyde ou à la Haye, en 1665 et 1666, sur une de ces médiocres copies, tirées des manuscrits originaux et qui s'étaient déjà multipliées dans les cabinets des curieux, les neuf petits volumes in- 12 de la première édition des œuvres de Brantôme*. Soixante-quinze ans après. Le Duchat, Lancelot et Prosper Marchand en donnaient une nouvelle édition (La Haye, 1740, 15 vol. in-12), qui marquait un progrès réel sur la pré- cédente et pour laquelle les éditeurs avaient fait usage de plu- sieurs des manuscrits originaux. Enfin, au cours du xix*' siècle, trois éditions des œuvres complètes de Brantôme étaient publiées à Paris. La première, parue sans nom d'éditeur, chez le libraire Foucault, avec une longue et savante notice historique de Mon- merqué (1821-1824, 8 vol. in-8°), fut bientôt reproduite en deux volumes dans le Panthéon lUtéraire de Buchon (1838). La seconde et la troisième ont été publiées simultanément, l'une, dans la Bibliothèque elzèvirienne du libraire Jannet, par les soins de Prosper Mérimée et de Louis Lacour (1858-1895, 13 vol. in-16), l'autre, due à Ludovic Lalanne (1864-1896, 11 vol. in-8''), fait partie des publications de la Société de l'his- toire de France.
Bien que les noms de ces différents érudits soient une sûre garantie de la science et du soin avec lesquels ces dernières édi- tions ont été préparées et publiées, on ne possède pas encore cependant un texte définitif des œuvres de Brantôme. Ce texte, un futur éditeur le pourra désormais établir sur les manuscrits originaux et autographes eux-mêmes, dont la série, presque complète, se trouve aujourd'hui réunie à la Bibliothèque natio- nale, grâce à une récente et nouvelle libéralité de W" la baronne James de Rothschild.
On peut reconnaître dans les manuscrits qui subsistent de la plupart des œuvres de Brantôme trois et quatre rédactions suc-
1. Leyde, Jean Sambix le jeune, à la Sphère. On l'annexe ordinairement à la collection des Elzéviers.
DES (EDVRES DE BRANTOME. 7
cessives et différentes pour les Vies des grands Capitaines, les Rodomontades espagnoles et le premier livre des Dames.
Une première rédaction se trouve dans les manuscrits autre- fois conservés par le marquis de Bourdeille et que les précédents éditeurs n'avaient pu jusqu'ici qu'entrevoir, sans être en mesure de les utiliser'. Ce sont les treize volumes, de format petit in-folio, recouverts uniformément de parchemin blanc, qui viennent d'être récemment incorporés dans les collections de la Bibliothèque nationale. Les cinq premiers volumes (mss. nouv. acq. franc. 20468 à 20472) ont conservé le texte primitif des Vies des grands Capitaines , avec un double état pour une partie de ces vies; le sixième volume (ms. nouv. acq. franc. 20473) contient le Discours sur les colonels. Dans les septième, hui- tième et neuvième volumes (mss. nouv. acq. franc. 20479, 20476 et 20477) se trouvent trois états différents des Rodomon- tades espagnoles. Les Discours sur les duels, sur M. de la Noue et sur les Retraites de guerre, dont on ne possédait jus- qu'ici aucun manuscrit, et ces deux derniers discours en double état, ont été conservés dans les septième, huitième et dixième volumes (mss. nouv. acq. franc. 20479, 20476 et 20478); enfin, le premier livre des Dames, en double état, avec un court frag- ment du second livre, malheureusement lacéré, occupe les onzième, douzième et treizième volumes (mss. nouv. acq. franc. 20474, 20475 et 20480).
De la seconde rédaction, considérée jusqu'ici par les éditeurs comme la première, il ne paraît subsister que le manuscrit de la Vie des grands Capitaines, donné à la Bibliothèque du roi en 1745 par le dernier bibliothécaire de la dynastie des Bignon. C'est un volume de format grand in-folio, recouvert aujourd'hui d'une reliure en veau racine, aux armes de Napoléon P'', «et actuellement inscrit sous le n" 6694 (ancien Supplément 120) du fonds des manuscrits français. Il devait être le premier de quatre grands volumes, dans lesquels Brantôme avait fait réunir et reco- pier l'ensemble de ses œuvres ; les trois autres, aujourd'hui per- dus, renfermaient, l'un, les Discours sur les colonels, les Duels, les Rodomontades , etc.; les deux autres, le premier et
l. Voir le Journal des Débats def? 3, 11 mars et 11 mai 1823 (articles repro- duits dans le t. I de l'édition Monraerqué, p. 138-144); et aussi la préface de P. Mérimée à l'édilion Jannet, t. I, p. 51-52.
8 NOTICE SOR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
second livre des Dmnes, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même dans l'Avertissement', dont il a fait précéder ce premier volume et qu'on nous permettra de reproduire :
Recueil d'aucuns discours, devis, contes, hystoyres, combatz, actes, traitz, gentillesses, mois, nouvelles, diclz, faictz, rodomontades et louanges de plusieurs empereurs, roys, princes, seigneurs, grands et simples capitaynes, gentilshommes, adventuriers, soldatz et autres ; ensemble de plusieurs reynes, princesses illustres, vertueuses et généreuses dames, tant grandes, moiennes, basses que communes, que j'ay peu veoir moy-mesmes, cognoistre, sçavoir et apprendre de mon temps, tant des uns que des autres; dédié à la plus belle, la plus noble, la plus grande, la plus généreuse, la plus magnanime et la plus accomplie princesse du monde, madame Marguerite de France^, fille et seur restée unique de noz roys de Valoys, derniers trespassez^; par moy, P[ierre] de Bourdeille, seigneur de Brantosme, gentilhomme ordinayre de la Chambre de noz deux derniers roys, Charles 9. et Henry 3., el chambellan de Monsieur d'Alançon'', son très humble et très obéissant subject et très affectionné serviteur*.
Or, ce recueil, en ce que touche les Hommes^ est rédigé en deux grands volumes :
Le premier, qui est très grand et ample, traite des plus grands capitaines qui ont estez depuis cent ans jusqu'aujourd'huy parmi les Espaignolz et François, et remarque aucuns de leurs particuliers beaux failz d'armes et ditz en nos guerres, que nos pères et nous avons veues.
Le second volume contient cinq fort grands chapitres ou discours : le premier traite de tous nos Coronnelz françois et maistres de camp el d'aucuns de leurs particuliers beaux exploitz, despuis leur pre- mière institution jusques à ce temps; — le 2* parle et traite d'au- cuns duelz, combatz, camp clos, apelz, deffis qui se sont failz, tant
1. Éd. Lalanne, t. I, p. 2-5.
2. Brantôme avait ajouté ici entre lignes : de Valoys, qu'il a biffé et reporté plus loin, après : de no::, Roys.
3. Brantôme avait ajouté entre lignes et a biffé : de ceux de; de même que : maintenant Reyne de France et de Navarre, qui suivait dans la copie, a été biffé par lui.
4. Et chambellan de Monsieur d'Alançon a été ajouté entre lignes par Brantôme.
5. Tout ce qui suit, à partir de : Or, jusqu'à : de nos temps, a été ajouté de la main d'un autre copiste.
DES ŒDVRES DE BRiNTOME. 9
en France qu'ailleurs; — le 3® traite d'aucunes belles Rodomontades espaignolles, mises en leur langue et traduites en françois; — le 4® traite à sçavoir à qui on est plus tenu, à sa patrie, à son roy ou à son bienfacteur ; — le 5*" parle d'aucunes retraites de guerre qu'ont fait aucuns capitaines, et comment elles valent bien autant quel- quefois que les combatz. — Le tout dédié à nostre reyne Marguerite.
Pour le recueil des Darnes^ il est aussi rédigé en deux grands volumes :
Le premier est dédié aussi à nostre susdite reyne Marguerite, qui contient plusieurs longs et grands discours :
Le premier parle et traite de la reine Anne de France, duchesse de Bretaigne, et d'aucunes de ses vertuz, mérites et louanges, comme font tous les autres cy-après de mesmes ; — le 2'= de la reyne mère de nos derniers roys; — le 3^ de la reyne d'Escosse et reyne douai- rière de France; — le 4^ de la reyne d'Espaigne, Madame Elizabet de France; — le 5^ de la reyne de France et de Navarre, Madame Marguerite de France, fille à nous restée maintenant seulle de la noble maison de France; — le 6^ de Mesdames les filles de France, qui sont estées depuis cent ans ; — le 7^ des deux reynes Jehannes de Naples, extraites du noble sang de France.
Le 2" volume est dédié à Monsieur le duc d'Alançon, de Brebant et conte de Flandres, qui contient aussi plusieurs beaux discours :
Le premier traite de l'amour de plusieurs femmes mariées, et qu'elles n'en sont si blasmables, comme l'on diroit, pour le faire; le tout sans rien nommer et à motz couvertz; — le 2^ sçavoir qui est la plus belle chose en amour, la plus plaisante et qui contente le plus, ou la veue, ou la parolle, ou le touchement; — le 3* traite de la beauté d'une belle jambe et comment ell' est fort propre et a grand vertu pour attirer à l'amour; — le 4^ quel amour est plus grand, plus ardent et plus aysé, ou celluy de la fille, ou de la femme maryée, ou de la vefve, et quelle des trois se laisse plus aisément vaincre et abattre; — le 5*= parle de l'amour d'aucunes femmes vieilles et com- ment aucunes y sont autant ou plus subjettes et chaudes que les jeunes, comme se peut parrestre par plusieurs exemples, sans rien nommer ny escandalliser; — le 6^ traite qu'il n'est bien séant de parler mal des honnestes dames, bien qu'elles fassent l'amour, et qu'il en est arrivé de grands inconvénientz pour en mesdire; — le 7^ est un recueuil d'aucunes ruses et astuces d'amour, qu'ont inventé et usé aucunes femmes maryées, vefves et filles, à l'endroit de leurs marys, amans et autres; ensemble d'aucunes de guerre de plusieurs
10 NOTICE SUR LES MANDSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
capitaines à l'endroit de leurs ennemys; le tout en comparaison, à sçavoir quelles ont esté les plus rusées, cautes, artifficielles, subel- lines et mieux invantées et pratiquées tant des uns que des autres; aussi Mars et l'Amour font leur guerre presque de mesme sorte, et l'un a son camp et ses armes comme l'autre^ ; — le 8' traite com- ment les belles, honnestes et généreuses dames ayment coustumiè- rement les braves, vaillantz et généreux hommes, aussi telz ayment les dames telles et courageuses, ainsi que j'en allègue des exemples d'aucuns et aucunes de nos temps.
J'estoys^ cecy escrivant, dans une chambre et ung lict, assailli d'une malladie, si cruelle ennemie qu'elle m'a donné plus de mal, plus de douleurs et tourmans que ne receut jamais ung pauvre cri- minel estanduà lagesne. Hélas! Ce fut ung cheval malheureux, dont le poil blanq ne me présagea jamais de bien, qui, s'estant renversé sur moy contre terre, par une très rude cheute, m'avoit brisé et fra- cassé tous les raings. De sorte que j'ay demeuré l'espace de Iroys ans et demy perclus et estropié de mon corps ; tellement que je ne me pouvois tenir, remuer, tourner et aller qu'aveq les plus grandes douleurs du monde, jusqu'à ce que je trouvay ung très grand per- sonnage et opérateur, dict Monsieur Saint-Gristoplile, que Dieu me suscita pour mon bien et ma guérison, qui la me remist ung peu, apprez que plusieurs autres médecins y eurent failli. Gepandant, durant mon mal, pour le soulager, privé de tout autre exercice, je m'advise et me propose de mettre la main à la plume, et, faisant reveue de ma vie passée et de ce que j'y avois veu et appris, faictz cest œuvre. Ainsin faict le laboureur, qui chante quelque fois pour alléger son labeur, et ainsin le voiageur faict des discours en soy pour se souslenir en chemin; ainsin fait le soldat estant en guarde, à la pluie et au vent, qu'il songe en ses amours et advantures de guerre, pour autant se contenter 3. Je prie donq tous ceux et celles qui me lyront excuser les fautes, qu'on cognoistra icy, sur ma malladie, qui me rend, comme le corps, mon esprit imbécille, bien que tel je l'aye-* de nature.
La troisième et dernière rédaction nous est en grande partie
1. Les mots qui suivaient : J'avois voué ce 2. livre, ont été bifiés.
2. La copie, qui reprend ici de première main, portail : J' allais, corrigé par Brantôme en : estoys.
3. Addition marginale, de la main de Brantôme, depuis : ainsin fait le soldat, jusqu'à : se contenter.
4. Il faut lire : je ne l'aye.
DES COUVRES DE BRANTOME. ^^
parvenue en sept volumes, de format petit in-folio, qui compo- saient l'état définitif des œuvres de Brantôme et qui sont men- tionnés en termes exprès dans le paragraphe suivant de son testament* :
Je veux aussy et encharge expressément mes héritiers, héritières, de faire imprimer mes livres, que j'ay faictz et composez de mon esprit et invention, et avecques grande peine et travaux, escrits de ma main, et transcrits et mis au net de celle de Mathaud, mon secré- taire à gages, lesquelz on trouvera en cinq volumes couvertz de velours tan, noir, verd, bleu, et un en grand volume, qui est celui des Dames, couvert de velours vert, et un autre couvert de vélin et doré par dessus, qui est celuy des Rodomontades, qu'on trouvera tous dans une de mes malles de clisse, curieusement gardez, qui sont tous très bien corrigez, avecques une grande peine et un long temps; lesquelz j'eusse plus tôt achevez et mieux rendus parfaictz, sans mes fascheux affaires domestiques et sans mes maladies. L'on y verra de belles choses, comme contes, histoires, discours et beaux motz, qu'on ne desdaignera, s'il me semble, lire, si l'on y a mis une fois la veue. Et, pour les faire imprimer mieux à ma fantaisie, j'en donne la charge, dont je Ten prie, à Madame la comtesse de Durtal, ma chère niepce, ou autre, si elle ne le veut-, et, pour ce, j'ordonne et je veux qu'on prenne sur ma totale hérédité Pargent qu'en pourra valoir Timpression, et ce advant que mes héritiers s'en puissent prévaloir de mondict bien, ny d'en user advant qu'on aye pourvue à ladicte impression, qui ne se pourra certes monter à beaucoup, car j'ay veu force imprimeurs, comme il y a à Paris et à Lyon, que, s'ilz ont mis une fois la veue, en donneront plus tost pour les imprimer qu'ilz n'en voudroient recepvoir, car ilz en impriment plusieurs gratis qui ne valent les miens. Je m'en puis bien vanter, mesrae que je les ay monstréz,au moins une partie, à aucuns qui les ont voulu imprimer sans rien, s'asseurant qu'ilz en tireront bien profict, voire en(;pre m'en ont prié; mais je n'ay voulu qu'ilz fussent imprimez durant mon vivant. Surtout je veux que ladicte impression en soit en belle et
1. Éd. Lalanne, t. X, p. 126-128. — Il semble bien qu'on peut reconnaître ces volumes dans l'article 49 de l'inventaire des meubles du château de Bran- tôme : (( Plus neuf livres en volume, assez grands, escripz à la main, cou- « verts de vellours de diverses coulleurs. » {Bibl. nat., rns. français nouv. acq. 6891, fol. 8 v°; publié dans {'Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de France, 1900, p. 220.)
]2 NOTICE SUR LES MANCSGRITS ORfGIîVADX ET AUTOGRAPHES
grande lettre et grand volume, pour mieux paroistre, et avecque pri- vilège du roy, qui l'octroyera facilement, ou sans privilège, s'il se peut faire. Aussy prendre garde que l'imprimeur n'entreprenne ny suppose autre nom que le mien, comme cela se faict ; autrement je serois frustré de ma peine et de la gloire qui m'est deue. Je veux aussy que le premier livre qui sortira de la presse soit donné par présent, bien relié et couvert de velours, à la reyne Marguerite, ma très illustre maistresse, qui m'a faict cest honneur d'en avoir veu aucuns, et trouvé beaux et faict estime.
Les manuscrits de la troisième et dernière rédaction des œuvres de Brantôme furent recueillis, peu d'années après sa mort, par Philippe et Hippolyte de Béthune, qui les firent recouvrir d'une belle reliure en maroquin rouge, à leurs armes et chiffre ; offerts par ceux-ci au roi, en même temps que leur riche cabinet, en 1663S ils sont maintenant à la Bibliothèque nationale, inscrits sous les n''' 3262 à 3264 et 3270 à 3273 des manuscrits français. Le deuxième tome des Vies des grands Capitaines et le second livre des Dames n'étaient plus dans le cabinet de Béthune quand celui-ci fut offert au roiS mais ils s'y trouvaient encore quelques années auparavant, lorsque les frères Dupuy avaient eu soin de faire prendre, entre les années 1645 et 1650, une copie de l'en- semble des œuvres de Brantôme, à l'exception toutefois des Rodomontades, copie qui nous a conservé ainsi le texte de ces deux manuscrits et qui forme aujourd'hui six volumes, classés sous les n°' 608 à 613 de la collection Dupuy à la Bibliothèque nationale. Actuellement, les tomes I, III et IV des Vies des grands Capitaines portent les n°^ 3262, 3263 et 3264 des manuscrits français, et leurs copies figurent respectivement sous les n°' 609, 613 et 612 de la collection Dupuy ; le volume 610 de la même collection reproduit le texte du tome II, aujourd'hui
1. Voir L. Delisle, Cabinet des manuscrits, t. I, p. 266-269,
2. Les manuscrits de Brantôme sont ainsi désignés dans le catalogue ancien des manuscrits de Béliiune (ms. n. a. fr. 5629, fol. 397) : « Henry III. — Vol. 1. Les vies des grands Capitaines et hommes illustres, par M. de Bran- tôme; dédiées à la reyne de Navarre. — Quatriesme livre des hommes illustres, avec un Discours des colonels d'infanterie. » [8771-8772.] — « Vol. 2, 3 et i. Vies des Dames illustres, par M. de Brantôme; 3 vol. » [8773-8775.] — « Vol. 5. Discours sur les femmes mariées, les veufves et les filles, par M. de Bran- tôme; dédié à M. le duc d'Alençon. — Discours de quelques rencontres et rodo- montades espagnoUes, par le mesme. » [8776.]
DES ŒUVRES DE BRANTOME. ^3
perdu. Le premier livre des Dames forme trois volumes, qui ont reçu les n°' 3272, 3271 et 3270 du fonds des manuscrits fran- çais, et le second livre, également aujourd'hui perdu, est repré- senté par la copie de Dupuy, qui porte le n" 608 dans sa collec- tion. Les Rodomontades, précédées du <.< Discours sur les femmes mariées », sont contenues dans le ms. français 3273, et il n'en existe pas de copie, comme il vient d'être dit, dans la col- lection Dupuy. Il faut remarquer, du reste, que les copies faites pour Dupuy ne reproduisent pas intégralement les manuscrits originaux de la troisième rédaction; de très nombreux passages, soigneusement biffés, sans doute lors d'une dernière revision, dans les volumes de Béthune, ont été omis par le copiste de
Dupuy.
L'ensemble, à peu près complet, des manuscrits de ces diffé- rentes rédactions, qui se trouvent maintenant réunies à la Biblio- thèque nationales permettra de suivre, pour ainsi dire pas à pas, la genèse des écrits de Brantôme, d'étudier plus complètement qu'on n'a pu le faire encore sa pensée et son style, et un futur éditeur y trouvera tous les éléments nécessaires à l'établissement d'un texte définitif des œuvres du grand écrivain, avec une cer- titude et une précision qu'on peut bien rarement atteindre pour nos vieux auteurs.
DESCRIPTION DES MANUSCRITS.
PREMIÈRE RÉDACTION.
Manuscrits du marquis de Bourdeille.
(Nouv. acq. franc. 20468-20480.) ^
I (20468). Vies des grands Capitaines (éd. Lalanne, t. I, p. 9 — t. m, p. 81). — 467 pages.
Début : « Sy j'estois l'un de sez bien disans et grans profes-
1. Une description exacte et détaillée des manuscrits originaux des œuvres de Brantôme n'a encore été donnée par aucun de ses éditeurs ; les notices qui suivent combleront cette lacune et pourront servir en môme temps à justifier et à corroborer ce qui vient d'être dit des différentes rédactions de ses œuvres.
^4 NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
seurs d'éloquence, je voudrois' volontiers ^ imiter au^ commence- ment de ce livre ^ cez divins architectes, lesquelz embellissent leur bastimentz par des plus orguilleux frontispices... » — Fin : «... après que Mons'' de Byron fut fait mareschal, il donna ceste charge au dit Mons'' de la Guiche, qui la tient et guarde encores. Fin^.
« Faut aller à ung autre livre où s'acommence par le roy Françojs. »
Sur les deux dernières pages sont encore ajoutés trois para- graphes autographes de Brantôme ; cf. Discours sur les duels, VI, 426.
II (20469). Vies des grands Capitaines, tome I (éd. La- lanne, t. I, p. 9 — t. II, p. 171). — 534 pages.
Début : « J'acommence ^ mon œuvre par l'exaltation d'aucuns grands cappitaynes et personnages de guerre, qui ont estez de nostre temps et de noz pères, et pour ce je veux immiter à ce commancement ces divins architectes... » — Fin : «... encor" dist-il au capitayne des gardes qu'il ne faisoit que travailler nuict et jour et qu'il n'estoit pas possible d'i pouvoir plus tenir. »
Brantôme a ajouté de sa main à la dernière page 534 : « Il faut aller et passer à l'autre tome par faute de papier, et pour ce vous verrez l'achèvement de ceste mort et la continuation d'autres discours. »
Sur la couverture, on lit aussi de la main de Brantôme : « Deux livres des Hommes qu'il faut séparer. Livre premier escrit dans le grand livre. »
Pour donner un aperçu des variantes de rédaction que pré- sente cette première rédaction des Grands Capitaines avec les deux suivantes, il suffira d'en reproduire ici le début :
1. Corr. autogr. veux.
2. Tout ce début a été biffé par Brantôme, qui a ajouté en regard : J'acom- mence mon œuvre par l'exaltation d'aucuns grands capitaynes et personnages de guerre, qui ont esté de nostre temps et de noz pères, et pour ce je veux imiter.
3. Corr. autogr. a ce.
4. De ce livre, biffé par Brantôme.
5. Cette fin se retrouve copiée dans le n° 20469, à la p. 258.
6. Corr. Je commence.
7. Corr. encore.
DES ŒUVRES DE BRANTOME.
^5
Première rédaction ' .
(Ms. n. a. fr. 20468.)
[Pas de titre.]
J'acommence^ mon œuvre par l'exalta- tion d'aucuns grands capitaynes^ et per- sonnages de guerre, qui ont esté'' de nos- tre temps et de noz pères.
Et pour ce je veux imiter à ce com- mencement^ cez di- vins architectes, les- quelz embellissent leur bastimentz par des plus orguilleux
Seconde rédaction.
(Ms. fr. 6694.)
[Pas de titre.]
J'acommence mon œuvre par l'exalta- tion d'aucuns grands capilaynes et person- nages de guerre, qui ont estez de nostre temps et de noz pères.
Et pour ce je veux immiter à ce com- mencement ces divins architectes, lesquelz embellissent leur bas- timens par des plus orgueilleux frontispi-
Troisième rédaction.
(Ms. fr. 3262.) Premier livre des
Hommes. Jecommance^mon livre par les louanges et gloires d'aucuns grands capitaines et grands personnages de guerre, qui ont esté^ de nos temps et de nos pères, et me^ prendray pre- mièrement aux Es- pagnolz et estran- gers, et puis je vien- dray à nos François. Et pour cest effect, à ce ® commancement des vies des estran- gers ^ ", j e veux imiter ces divins architec- tes, lesquelz embel- lissent leurs basti- mens par des plus orgueilleux frontis- pices qu'ilz peuvent,
1. Les variantes en notes, sans autre indication, sont celles du second état de cette même première rédaction, contenu dans le ms. n. a. fr. 20469.
2. Je commence.
3. Cappiiaynes. •
4. Estez.
5. Tout ce qui précède a été ajouté au verso d'un premier feuillet, de la main de Brantôme, pour remplacer cet autre début : Sy festois l'un de sez bien disans et (jrans professeurs d'éloquence, je voudrais volontiers imiter au commencement de ce livre.
6. Ms. J'accommance, corr. Je commance.
7. Comme f ay dict cy devant en l intitulation de mes livres a été biffé.
8. Ms. m'y, corr. me.
9. Ms. pour ce et a ce c.
10. Des vies des eslrangers, ajouté entre lignes de seconde main.
16
NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
frontispices quMls peuvent, soit de la matière de leur mar- bre, de leur porfire, ou d'autre belle pierre, soit de l'art industrieux de leur main admirable, af- fîn que l'œil humain, au premier aspect, en juge la perfection de Toeuvre. Mais en ce- cy^ il m'est impossi- ble de les ensuivre du tout, car ilz ont les deux choses, la belle matière et Tart, et moy je n'ay que la matière et^le seul subject très haut, mais le dire fort bas. Sine layray je^ pour- tant à poser ■* à ce premier front le plus grand Empereur qui ay t esté despuis Jules Gœsar et Gharlema- gne, qu'est^ l'empe- reur Charles cin- quiesme, ayant tant de fiance en luy et en
ces qu'ilz peuvent, soit de la matière de leurs marbres, de leur porfire, ou d'autre belle pierre, soit de l'art industrieux de leur main admirable, affln que l'œil hu- main, au premier aspect, en juge la perfection de l'œu- vre. Mais en cecy pourtant il m'est im- possible de les en- suivre du tout, car ilz ont les deux cho- ses, la belle matière et l'art, et moy je n'ay que la matière et le seul subject très haut, mais le dire fort bas. J'ap- pose donq à ce pre- mier front le plus grand empereur qui ay t esté despuis Jules Cœzar et Gharlemai- gne, qu'est l'empe- reur Charles cin- quiesme, dit Charles d'Autriche, que les
soit de la matière de leur marbre beau, de leur porfyre, ou de quelqu' autre belle pierre, comm' il leur en vient la fantaisie, ou soit de l'art industrieux de leur main admirable, afin que l'œil ^, au premier aspect, juge la perfection de l'œu- vre. Mais en cecy pourtant il m'est im- possible de les en- suivre du tout, car ilz ont les deux cho- ses, la belle matière et l'art, et moy, je n'ay que la matière, belle certes par le beau'' subject et très haut qui se présente, mais le dire fort bas et foible. J'apose donc à ce premier front de la louange des estrangers ^ le plus grand empereur qui ayt esté despuis Jules Cœsar et nostre
1. Pourtant, ajouté de la main de Brantôme.
2. Ces trois mots : la matière et, ont été ajoutés entre lignes par Brantôme.
3. Après je, on a biffé pas.
4. Le début de cette phrase a été biflfé par Brantôme, qui a corrigé : fapose donc.
5. Corr. : qui est.
6. Ms. humain, biffé après œil.
7. Ms. certes du beau.
8. De la louange des estrangers ajouté par le correcteur.
DES OEUVRES DR BRANTOME.
n
sa grandeur, qu'il couvrira rimbéciliité de ma plume fort ay- sément.
bons causeurs de son temps apelloyent en France Charles qui tryche, faysant une allusion badine et vraye pourtant sur Autriche qui triche, autant à dyre qui trompe, vieux mot. Comme de vray l'al- lusion, toute badyne qu'eirestoyt,n'estoyt point mauvayse, car son art s'adonoyt fort à tromper-, les effeetz en ont fait foy. La fiance que j'ay en luy et en sa grandeur couvrira' l'imbécillité de ma plume fort aisément.
grand Gharlemaigne. Je le puis dire ainsi, le tenant de grandz hommes^, et selon ses exploictz signal- iez, ayant eu affaire à de si grandz guer- riers comm' il a eu, autres certes que les ennemis de Jules Gsesar et de Charle- maigne. C'est donc Charles le quint, dict Charles d'Autriche, dont je parle, que les anciens François de son temps brocar- dans, et mesmes les Picardz, qui sont grandz ocquineurs, mot propre à eux pour dire grandz causeurs, appelloient Charles qui triche, faisant allusion sur Autriche qui triche, autant à dire qui trompe. Comme de vray, toute badine qu'eir estoit, n'estoit point mauvaise, car il a esté un grand trompeur et un peu trop manqueur de foy. J'ay donc si
1. La copie portait primitivement : l'empereur Charles cinquiesme, aiant tant de fiance en luy et en sa grandeur qu'il couvrira tout le reste a été ajouté en marge de la main de Brantôme.
2. Ms. cerveaux, corr. hommes.
-1904 2
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NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
Je parleray ' donq etdiray comme d'au- tres fois^ j'ay ouy racompter^ à feu Mons"" FAdmiral (je ne luy donrai point de surnom, car sez belles'' entreprises et hautz faictz durant sa vye luy en don- nent assez sans le nommer M"" l'admi- rai de Chastillon), que, lorsqu'il fust en- voyé de^ par le roy Henry, son maistre, en Flandrez vers ce*' grand empereur, com^ il luy envoya le conte de Lalain^ pour jurer la trefve faicte entre eux deux, si heureuse et advan-
Je parleray donq' et diray comm' autre- fois j'ay oui racomp- ter à feu Mons"" l'Ad- mirai, je ne luy don- neray point de sur- nom, car ses hautes entreprises et hauts faictz durant sa vie luy en donnent assez sans le nommer Mon- sieur l'admirai de Chastilion, que, lors- qu'il fut envoie, de par le roy Henry, son maistre, en Flandres vers ce grand empe- reur, comme de son costé il luy envoia le conte de Lalain pour jurer la treufve faicte entre eux deux, si heureuse et advanta-
grande fiance en ce grand empereur, qu'il couvrira l'im- bécillité de ma plu- me par lombre de ses hautes conques- tes et ses exploictz les nompareilz. Je diray donc de luy, comm' autresfois j'ay ouy raconter à feu Mons' l'Admirai, je ne luy donray point de surnom, car ses hautes valeurs, mérites, grandes en- treprises et leurs exécutions luy en donnent assez, sans le nommer Monsieur l'admiraP de Chas- tilion, lors qu'il fut envoyé de par nostre grand roy Henry 2. en Flandres vers ce grand empereur Charles, comme de son costé il envoya le conte de Lalaing pour jurer la trefve
1. Ms. commenceray, corr. par Brantôme en parleray.
2. Autre/fois.
3. Ms. compter, biffé, et à la suite, de même main du copiste racompter.
4. Hautes.
5. De a été biÉfé.
6. De par ce, corrigé en : vers ce.
7. Comme de son côté, addition de Brantôme.
8. Ces mots, depuis com jusqu'à Lalain, ont été ajoutés en marge par Bran- tôme, qui avait encore ajouté, mais a bifïé : a en fayre.
9. Tout ce qui précède, depuis : Je ne luy donray^ a été biffé dans le ms, et n'est pas reproduit dans la copie de Dupuy, 609.
Lageuse pour toute la France et si malheu- reuse aussi quand elle fust rompue, ad- vint qu'ung jour, en divisant aveq Sa Ma- jesté, et venant à dis- courir des guerres passées et des grands cappitaines qui avoyent com- mandé, il luy dist s'en estre tant perdus quMl n'en sçavoit plus de ce temps restez qui méritas- sent en porter ce grand nom que trois, qu'estoyent luy pre- mièrement, se don- nant le premier lieu, comme de raison, Mons"" le Gonnesta- ble, son oncle, pour le second, et le duc d'Albe pour le tiers. Non qu'il voulust' pour cela fere tort à la suffisance du roy Henry, son maistre; mais, pour son peu d'aage, et par consé- quant son peu d'ex- périence, ne pouvoit il encor avoir attaint
DES ŒUVRES DE BRANTOME.
geuse par toute la France et si malheu- reuse aussi quand elle fust rompue, advint qu'un jour, en devisant aveq Sa Majesté et venant à discourir des guerres passées et des grands cappitaynes quy avoient commandé, il luy dist s'en estre tant perdus qu'il n'en sçavoit plus de ce temps restez, qui méritassent en por- ter ^ ce grand nom que trois, qu'estoit luy premièrement, se donnant le premier lieu comme de rai- son, ainsin que flst Annibal en un pareil pourparlé sur mesme quasi subjet aveq Scipion^; Monsieur le Gonnestable, son oncle, pour le second; et le duc d'Albe pour le tiers. Non qu'il vouleust faire tort à la suffisance du roy Henry, son maistre; mais, pour son peu d'aage et par consé-
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faicte entre eux deux, si heureuse et advan- tageuse pour toute la France et si mal- heureuse aussi quand elle se rompit, advint un jour qu'en devi- sant avec sa sacrée Magesté, et tombant de propos en propos, elle vint à discourir des guerres passées et des grandz capi- taines, qu'y avoient commandé, et s'en estre tant perdu qu'il n'en sçavoit plus de ces temps restez, qui méritassent le nom de grandz capitaines que trois, luy pre- mièrement, se don- nant le premier lieu, comme de raison (ainsi que fit Anibal en son pourparlé de mesme subject avec Scipion chez le roy Antiochus) , mon- sieur le Gonnestable, oncle dudict s"" Admi- rai, pour le second,' et le duc d'Albe pour le tiers. Non quUl voulust faire tort à
1. Après votdust, faire a été biffé.
2. La copie portait : emporter, corrigé par Brantôme : en porter.
3. Ainsin — Scipion, ajouté en marge de la main de Brantôme.
4. Le ms. portait primitivement : le Connestable, son oncle, pour le second.
20
NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
(ce disoil-il) le lilLre et perfecUon, mais qu'aveq le temps, estant courageux, brave, et' vaillant et entreprenant qu'il estoit, il y parvien- droit fort facillement. Il en dist autant de Mons"' de Vandosme, de Mons"" de Guise et de M"" l'Admirai mesmes, à qui il par- loit.
quant son peu d'ex- périence, ne pouvoit- il encor avoir attaint, ce disoit-il, le titre et la^ perfection, mais qu'aveq' le temps, estant courageux, brave, et vaillant et entreprenant qu'il es- toit, il y parviendroit fort facillement. Il en dist autant de Monsieur de Ven- dosme, de Monsieur de Guise et de Mons"" l'Âdmyral mesmes, à qui il parloit.
la suffisance du roy Henry, son maistre-, mais, pour son peu d'aage et sa jeune expériance, il ne pouvoit avoir encor attaint (ce disoit-il) ce grand nom et per- fection, mais qu'avec le temps, luy qui estoit si brave, et courageux, et filz de France et ambitieux qu'il estoit, il y par- viendroit fort aisé- ment. Il en dist au- tant de Monsieur de Vandosme, de Mon- sieur de Guyse, et du dict sieur ^l'Admirai, à qui il parloit.
III (20470). Vies des grands Capitaines, tome II (éd. La- lanne, t. II, p. 171-t. III, p. 248). —m et 466 pages.
Début : « Quelques jours advant il a voit achapté^ ung fort bon et beau cheval d'Hespaigne, que le prince avoit vouleu veoir et luy avoit faict acroire que c'estoit pour quelques fois passer le temps; ce que son maistre approuva fort... » — Fin : « ... il faut que le peuple de France prie que dezorraais ne vienne favorite de Roj plus mauvaise que celle là, ni malfaisante. »
Brantôme a ajouté de sa main sur la couverture : « Segond livre des Hommes, escript dans le grand livre. »
IV (20471). Vies des grands Capitaines , tome III (éd. Lalanne, t. III, p. 248-t. IV, p. 187). — ii et 456 pages.
1. Et, biffé.
2. La, ajouté entre lignes de la main de Brantôme.
3. Ms. et de Monsieur.
4. Corr. achepté.
DES œOVRES DE BRANTOME.
2\
Début : « Or pour tourner à nostre Roy*, ainsin qu'il estoit tout martial et né tel, il ajma fort à faire la guerre et ne s'i espergna non plus que le moindre soldat des siens, et c'est ce que luy dict Monsieur le Connestable ^ aux voiage d'Ale- maigne... » — Fin : ... « et le fault apeller grand parniy nous autres, aussi bien que plusieurs estrangiers ont appelle des leurs par ce surnom et tiltre'^ »
Brantôme a ajouté de sa main sur la couverture : « Troysiesme livre des Hommes, veu et corrigé par moy ; si est pour garder, et est escrit pourtant dans le grand livre. »
Ce « grand livre » est le ms. français 6694, qui donne le texte de la seconde rédaction. Les quelques extraits suivants de ce troisième livre (éd. Lalanne, IV, 1) permettront de constater les remaniements successifs apportés par Brantôme à son récit :
Première RE'oicTioN.
(Ms. n. a. fr. 20471,
p. 185-187.)
Monsieur le ma- reschal de Termes... fut lieutenant de roi en Gorsegue, où il fist aussi bien qu'aux autres coups, et la réduisit toute à l'o- béissance du Roy et y soustint plusieurs guerres et combatz, que les Impérialistes et Genevois, fort voi- sins et seigneurs de l'isle, luy livrarent. Enfln il Pha con- quesla et garda si bien que, quand le
Seconde rédaction.
(Ms. fr. 6694, fol. 230 v-231.)
Monsieur le ma- reschal de Termes... fut lieutenant de Roy en Gorsegue, où il fist aussi bien qu'aux autres coups et la réduisit toute ^ en l'o- béissance du Roy et y soustint plusieurs et guerres et com- batz, que les Impé- rialistes et Genevoys, fort voisins et sei- gneurs de Tisle luy livrarent. Enfin il la conquesta et garda si bien que, quand le
Troisième rédaction.
(Ms. fr. 3263, fol. 537 y.)
Monsieur le ma- reschal de Termes... fut lieutenant de Roy en Gorsegue, où il fit aussi bien qu'aux autres coups, et la réduisit en l'obéis- sance du Roy, et y soubstint plusieurs et guerres et com- batz, que les Im- périallistes et Gene- vois, fort voisins et seigneurs de Tisle, luy livrarent. Enfin il la conquesta et garda si bien que,
1. Add. autogr. Ilenry.
2. Add. autogr. : un jour, corr. au.
3. CeUe dernière phrase est répétée au début du volume suivant.
4. Biffé.
NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
roy Henry la rendist par le traitlé de paix, il la rendist toute entière et toute en Tobéissance du Roy.
Pourlaquatriesme fois, il fut lieutenant du ' Roy dans Calais et de toute la conté Doye, et en l'armée, qui luy fut donnée pour entrer en Flan- dres et y faire le dégast, où la fortune le favorisa ung peu pour le commance- ment pour avoir pris Bergues et Dunquer- que... Il fut pris pri- sonnier en homme d'honneur et blessé,
roy Henry la rendist par le traitté de paix, il la rendit toute^ entière et toute ^ en Tobéissance du Roy.
Pourlaquatriesme fois il fut lieutenant du Roy dans Galays et de toute la conté Doye, et en l'armée, qui lui fut donnée pour entrer en Flan- dres et y faire le dé- gast, où la fortune le favorisa ung peu pour le^* commance- ment pour avoir pris Bergues et Dunquer- ques. Mais aussitost venant à changer, le conte d'Aiguemont,
quand le roy Henry la rendit par le traicté de paix, il la rendit entière et en l'obéis- sance du Roy. Puys fust lieutenant de Roy en Piedmont, en l'absance et par pro- vision en Piedmont, non sans mesconten- lement et mutinerye d'aucuns grands et moyens, raays tout s'apaiza. Monsieur de Montlucen parle ^ dans ses Mémoyres et force vieux capitay- nes le peuvent dyre. Pour la cinquies- me fois*^ il fut lieutenant du Roy dans Calais et de toute la conté d'Oye, et en l'armée qui luy fut donnée pour en- trer en Flandres et y faire le dégasl, où la fortune le favorisa un peu au comman- cement pour avoir pris Bergues et Don- querques. Mais aus- sitost venant à chan- ger, le conte d'Aigue-
1. Brantôme corr. de.
2. Biffé.
3. Biffé.
4. Brantôme corr. au.
5. Le copiste de Dupuy, vol. 613, fol. 4, a lu : porte.
6. Quatriesme, biffé.
comme j'ay ouy dire à feu Monsieur le Gonnestable. Quic- quonque est le capi- tayne ou le général d'une armée el qui perde une bataille, ung combat ou une rencontre, mais qu'il y meure ou il' y soit prisonnier, j^entends de bonne façon, en bien combattant, il n'y a rien du sien, encor^ que la perte soit de conséquance, mais sa mort ou sa prison expient tout.
DES œUVRES DE BRANTOME.
le plus hazardeux pour lors et le plus vaillant cappitaine qu'eust le roy d'Hes- paigne, luy livra ba- taille et l'emporta... Il fut pris prisonnier en homme d'honneur et blessé, comme j'ay oui dire à feu Monsieur le Gonnes- table. Quiconque est le cappitayne ou le général d'une armée et qu'il perde une bataille, ung combat ou une rencontre, mais qu'il y meure, ou il y soit prison- nier, j'entends de la^ bonne façon'', en bien combatant, il n''y a rien du sien, encor que la perte soit de conséquance, mais sa mort et sa prison expient tout.
23
mont, le plus hazar- deux pour lors et le plus vaillant capi- taine qu'eust le roy d'Espaigne, luy livra battai4le et l'empor- ta... Il fut pris pri- sonnier en homme d'honneur et blessé, comme j'ay ouy dire à feu Monsieur le Gonnestable. Qui- conque soit le capi- taine ou le général d'un' armée, et qu'il perde une battaille, un combat ou une rencontre, mais qu'il y meure ou qu'il y soit prisonnier (j'en- tendz de la bonne façon), encor que la perte soit de consé- quence, mais sa mort ou sa prison expient tout.
1. Corr. ou qu'il.
2. Corr. encore.
3. Add. de Brantôme.
4. Première addition interlinéaire biffée : « En bien combatant, non pas comme le dit d'Ascot, que l'Empereur disaijt avoijr esté pris en larron, caché el desguisé, lorsqu'il fust pris et sauvé comme fugitif. » — Seconde addition marginale également biffée jusqu'à « souvant » : « Non pas comme l'empereur Charles disi du duc d'Ascot, qu'il avoyt esté pris en laron et caché, el puys s'esloijt sauvé en belistre. J'en parle ailleurs; toulesfotjs ce fust un brave, souvent vatlant, de grand maison et qui despuys fist bien; mais quoy, on est celluy à qui la fortune ne mist laisse, en la recherchant et muguelant trop souvant, pourtant il ne va rien du sien. »
24 NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
V (20472). Vies des grands Capitaines, t. IV (éd. Lalanne, t. IV, p. 187-t. V, p. 218). — 561 pages.
Début : « Monsieur de Guyse le grand. — Ce grand duc de Guise donq', duquel nous voulons parler, fut grand certes et le faut appeller grand parmy nous autres, aussi bien que plusieurs ont appelle aucuns des leurs par ledit surnom et tiltre, et ainsin que moy mesme j'ay veu et ouy les Italiens et Hespai- gnolz... » — Fin : « ... Dieu les avoyt esleuz, suscitez et appeliez pour en planter là une gloyre plus grande que des autres nations et que comme vrays et anciens chrestiens ilz estoient destinez par dessus les autres à deffandre le nom chrestien. »
Au bas de la page 470, où finit ce texte, de la main du copiste, on lit : « Faut aller au commencement d'un aultre nou- veau livre sur le subject mesme. » (Voir à la fin du ms. n. a. fr. 20478.)
La suite a été copiée postérieurement par la même main, qui a ajouté les tables dans chaque volume, et va de la p. 218 à la p. 296 de l'édition Lalanne, fin des Grands Capitaines fran- çais; il n'y a aucune correction de la main de Brantôme, et cette copie semble, du reste, postérieure à sa mort.
VI (20473). Discours sur les colonels (éd. Lalanne, t. V, p. 297-t. VI, p. 231). — 368 pages.
Début : « Discours sur les couronnels de l'Infanteris de France.
— Je fais ce discours sur un poinct duquel je fis une fois et un jour adviser un grand prince de France, qui m'avoua franche- ment ne s'en estre jamais apperceu ni advizé... » — Fin : «... M'" le mareschal d'Estrozze, ou de Montluc* ou autres grands cappitaynes eussent entrepris cest œuvre, nous y apprendrions trestous et y verrions de plus belles choses et enrechies qu'il n'y a icy. Or c'est assez. Fin. »
Sur la couverture, on lit, de la main de Brantôme : « Livre des couronnels de l'Infanterie, qu'il faut laisser avec les autres. »
VII (20479). Rodomontades espagnoles et Discours sur les duels (éd. Lalanne, t. VII, p. 5-134, et t. VI, p. 233-500).
— 506 pages.
1. Eussent entrepris biffé.
DES CEUVRES DE BRANTOME.
25
1° Page 1. Rodomontades espagnoles; 1'° rédaction. — Début : « Chapitre d'aucunes Rodomontades et gentilles ran- contres et parolles espaignolles. — Il faut un peu parler des Rodomontades espaignolles, car certes elles surpassent toutes les autres... » — Fin : «... à ung vaillant et brave homme que de luy rompre son dessain d'armes. »
Toute la fin des Rodomontades {^. 135-177 du tome Vide l'éd. Lalanne), ainsi que les Serments et jurements espagnols, qui les suivent ordinairement, manquent dans le manuscrit.
Il n'y a pas moins, comme il a été dit plus haut, de quatre rédactions différentes des Rodomontades ; les quelques extraits qui suivent, empruntés au début de ce livre, suffiront pour per- mettre d'en juger :
Première rédaction.
(Ms. n. a. fr. 20479, p. 9.)
Chapitre cVauames Rodomontades et gentilles rancon- tres et parolles es- paignolles.
Il faut un peu par- ler des Rodomon tades espaignolles, car certes elles surpas- sent toutes les autres de quelque nation que ce soyt
Seconde et troisième
re'dactions.
(Mss. n. a. fr. 20476, p. 12, et fr. 3273, fol. 111.)
Chapitre^ d'aucunes Rodomontades et gentilles rancon- tres et parolles es- pagnolles. *
Il faut un peu par- ler des Rodomonta- des espagnolies^ car certes elles surpas- sent touttes les autres de quelque nation que ce soit
Quatrième rédaction.
(Ms. n. a. fr. 20477,
p. 8.)
Discours d'aucunes Rodomontades et gentilles rencon- tres et parolles es- paignolles.
Les Rodomontades hespaignolles certes elles surpassent tou- tes les autres de quelque nation que ce soit
certes. Ce sont estez Certes ce sont estez ^ certes. Ce sont esté ceux là qui aydarent ceux là qui aydarent ceux là qui aydarent
1. Discours, corr. autogr. de Brantôme, reproduite dans le litre de la 3' rédaction.
2. Espaignolles, 3° rédact.
3. Esté, 3» rédact.
26
NOTFCE SUR LES MAIVDSCRITS ORIGINAUX ET AOTOGRAPHES
Dom Jehan d'Au- triche à gaigner ceste belle et signallée ba- taille de Lepantho*. Ce sont ceux là en- cores qui, avec ce grand cappitayne le prince de Parme, font^ trambler toute la France et la tien- nent^ en alarme. Ce sont estez ceux pour lesquels ce mesme grand empereur Charles s'humilia à VHespagne, lorsque estant pariy par mer de Flandres pour y aller fynyr ces jours convertys , c' estant desembarqué à l'Are- de, port vers Biscaye, et y pris terre, on dit qu'il s'agenoulla aussi test et remercia Dieu... — ... et fait onplace^. Et ce qui est le plus à remar- quer en toutes ces belles factions...
Dom Jehan ^ d'Au- triche^ à gaigner ceste belle et signal- lée bataille de Le- pantho'^. Ce sont ceux là encores qui, avec ce grand cappitayne le prince de Parme, ont faict trambler louLte la France et long temps tenue en alarme. Ce sont estes ceux pour lesquels ce grand et mesme empereur Charles s'humilia à l'Ëspai- gne, lors que estant party par mer de Flandres pour y aller finir ses jours con- vertis, s'estant de- sembarqué à l'Aude^, port vers Biscaye, et y pris^ terre, on dict qu'il s'agenouilla aussi tost et remer- cia Dieu... — ... et faict on place. Et ce qui est le plus à re- marquer en touttes ses belles factions...
Dom Joan d'Austrie à gaigner ceste belle et signalée bataille d'Elepantho. Ce sont ceux là encores qui, avec ce grand capi- taine le prince de Parme, ont faict trem- bler toute la France et long temps tenue en allarme. Ce sont esté ceux pour les- quelz ce grand et mesme empereur Charles s'humilia à rEspaigne,lors qu'es- tant parti par mer de Flandres pour y aller finir ces jours convertis, s'estant desembarqué à l'Are- de, port vers Biscaye, et y prist terre, on dit qu'il s'agenouilla aussi tost et remer- cia Dieu ... — ... et fait on place. Et ce qui est plus à remar- quer en toutes ces belles factions...
1. Les mots en italiques ont été ajoutés Je la main de Brantôme dans un blanc.
2. Ont fait, corr. autogr. de Brantôme.
3. Longtemps tenue, corr. autogr. de Brantôme.
4. Toute la i)artie imprimée en italiques est une addition autographe de Brantôme.
5. Joan, 3° rédact.
G. Aiisirie, corr. dans la 3" rédact.
7. Elepantho, 3° rédact.
8. Corr. l'Arede, reproduite dans la 3= rédact.
9. Prist, 3," rédact.
DES œUVRES DE BRANTOME, 27
2° Page 167. Discours sur les duels. — Début : « Chapitre des duelz, combats et apelz, et de plusieurs cas qui en sont arrivez. — J'ay veu souvant fayre ceste dispute parmi de grands capi- taynes, seigneurs braves cavalliers et vaillans soldatz... » — Fin : « . . . l'autre duquel j'en fays la fin et de toutes deux ensem- bleraent. Fin. »
A la dernière page 506 du ms. 20479 se trouve cette note autographe de Brantôme sur la mort de Madame de Balagny, qu'il a utilisée sous une forme différente dans le second livre des Dames (Discours sur ce que les belles et honnestes dames ayment les vaillans hommes; éd. Lalanne, IX, 459-460) :
On dit que Madame de Balagny, seur de ce brave Bussy, de tris- tesse et de désespoyr d'avoyr perdu Gambray, qu'elle c'est empoy- sonnée. D'autres disent qu'ell' est morte de flux de sang, qu'elle mesme c'est provocquée, disant à tous ceux qui la visitoyent qu'elle mouroyt très heureuse et contente. Et soliciLayt son mary d'en fayre autant, luy disant : « Meurs, Balagny, et prends exemple à ta famé, qui ne « préfère la vye à son honneur, el pour toy vivant tu es deshonoré a et ruyné de biens. » Et luy dist d'autres belles parolles pareilles.
VIII (20476). Rodomontades, serments et jurements espagnols; Discours sur M. de la Noue et sur les retraites de guerre (éd. Lalanne, t. Vil, p. 5-145, 180-185 et note 3, 203-265, et 267-303). — 499 pages.
1'^ Page 1. Rodomontades espagnoles; 2° rédaction. ~ Début : « Chappitre* d'aucunes Rodomontades et gentilles ran- contres et parolles espagnolles. — Il faut un peu parler des Rodomontades espagnolles, car certes elles surpassent touttes les autres de quelque nation que ce soit, d'autant qu'il faut con- fesser la nation espagnolle brave. . . » — Fin : « .. . Les Romains ne furent jamais si grandz terriens ny opulans que luy, cela est aisé à congnoistre, qui en veult computer et mesurer les terres de l'un et des aultres. »
2° Page 253. Serinent s et jurements espagnols. — Début : « Après avoir raconté aucunes rodomontades des Hespaignolz, il m'a semblé de raconter aussy quelques uns de leur sermantz particuliers. . . » — Fin : « ... que tan mal tu fuego me trato en
1. Corr. autogr. Discours.
28 NOTICE SDR LES MANUSCRITS ORTGINACX ET AUTOGRAPHES
mis calenturas. Il maudissoit la chaleur... Dieu à tous leur face la grâce de s'en réformer. » Et, de la main de Brantôme, p. 260 : « Fin où il se faut arester^. »
3" Page 279. Biscornus sm- M. de la Noue. — Début : « Discours sur Mons"^ de la Noue, à sçavoyr à qui l'on est plus tenu, ou à sa patrye, à son roy ou à son bienfacteur-. — J'es- tois ung jour en un honneste compagnée d'honnestes seigneurs et de dames, et ainsin qu'on se rencontre à discourir... » — Fin : « ... Voicy doncq la fin de ce discours, que je crains estre par trop long. »
4° Page 417. Discours sur les retraites de guerre. — Début : « Autre discours 3. — J'ay souvent ouy dire à de grands capitaines et généraux d'armées que les retraictes belles et demeslements de combats méritent bien autant de louanges. . . » — Fin : «... et à son gentil esprit et brave courage. Or c'est assez de ceste matière et subject parlé. »
La dernière phrase a été biffée, et, sur la dernière page, de la main de Brantôme, on lit : « Froissard racontant de la bataille de Nicopoly... Or c'est assez parlé de ce subjet. »
IX (20477). Rodomontades, serments et jurements espa- gnols, etc. (éd. Lalanne, t. VII, p. 1-177 et 179-201). — V et 199 pages.
l*" Page 1. Rodomontades espagnoles ; 4"* rédaction. — Début : « A la reyne Marguerit de France, duchesse de Valois, ma très souveraine dame. Madame, voycy le livre d'aucunes Rodomontades... et vous suplie me tenir tousjours en qualité de vostre. » — Page 3. « Discours d'aucunes Rodomontades et gentilles rencontres et parolles espaignolles. Les Rodomontades bespaignolles certes elles surpassent toutes les autres de quelque nation que ce soit, d'autant qu'il faut confesser la nation espai- gnolle brave... » — Fin : «... et grand discours à part. »
Cette troisième rédaction des Rodomontades ne contient pas, à la différence des deux précédentes, les traductions françaises
1. Les pages 261 à 278 ont été laissées en blanc.
2. Titre ajouté de la main de Brantôme.
3. Brantôme a ajouté : sur les retraites de guerre, qui valent bien autant que des combati.
DES ŒUVRES DE BRANTOME.
29
u lombreux passages en espagnol cités dans le texte, comme Brautôrae l'annonce du reste en tête, dans la dédicace à la reine MargLierite^ Il avait lui-même noté pour le copiste l'omission à faire d.'i ces traductions sur l'exemplaire de la seconde rédaction des Rodomontades, dont il sera question plus loin, et qui forme aujourd'hui le ms. français 3273.
2" Page 169. Serments et jurements espagnols. — Début : « Après avoir raconté aucunes Rodomontades... » — Fin : «... ainsi que j'en ai veu l'expérience en plusieurs. »
Les Serinents et jurements espagnols ne se trouvent pas à la suite de la première rédaction des Rodomontades dans le ms. n. a. fr. 20479. Les extraits suivants montreront suffisam- ment les variantes qui existent entre les trois rédactions, corres- pondant aux second, troisième et quatrième états des Rodomon- tades, dont les autres manuscrits ont conservé le texte :
Première re'daction,
2« des Rodomontades.
(Ms. n. a. fr. 20476, p. 253.)
Aprèsavoir raconté aucunes Rodomonta- des des Hespaignolz, il m'a semblé aussi ^ de raconter aussy quelques uns de leur sermantz... Le plus commun et ancien est :
Deuxième re'daction,
3« des
Rodomontades.
(Ms. fr. 3273, p. 179 v°.)
Après avoir ra- conté aucunes Rodo- montades des Espai- gnolz, il m'a semblé bon^ de raconter aussi quelques uns'* de leurs sermenlz... Le plus commun et ancien est :
Troisième rédaction,
4^ des
Rodomontades.
(Ms. n. a. fr. 20477, p. 169.)
Après avoir ra- conté aucunes Rodo- montades et rancon- tres^ des Espaignolz, il m'a semblé bon de raconter aussi au- cuns de leurs ser- mens... Le plus com- mun et ancien est :
1. Voir plus loin la descriptioa d'une copie de cette 3° rédaction, antérieure aux corrections et additions faites par Brantôme sur cet exemplaire, et qui, après avoir appartenu à Prosper Marchand et avoir servi à l'édition de 1740, est aujourd'hui conservée dans la bibliothèque de l'Université de Leyde.
2. Mot biffé.
3. Mot ajouté par Brantôme.
4. Brantôme corr. aucuns.
5. Ces deux mots sont omis dans la copie de Leyde.
30 NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
I. Juro a Dios. i . Juro a Bios.
\ . Juro a Dideur
6i. Si por estas barbas que nascieron a la funiada de los canones.
62. Si por la lita- nia de los santos ' .
63. Cuerpo de Dios, por el pan; sangre de Dios, por el vino.
Je le vis jurer une fois à ung soldat.
Mais bien pis jura et blasphéma ung autre soldat à Na- ples, où estant faicte pragmalicqueou- deffence de ne jurer parmy leurs bandes, luy ayant perdu tout son argent dans le corps de garde, il dist seuUement : Be- zo las matios, senor Pylato. Gomme le remerciant et sa- chant bon gré de quoy il avoit senten- tié Jesus-Ghrisl. Gel- iuy là debvoit estre bruslé.
6i. Si por estas barbas que nascieron a la fumada de los cannones.
62. Cuerpo de Dios, por el pan; sangre de Dios, por el inno.
Je le vis jurer une fois à un soldat, mais bien pis jura et bla- phéma un autre sol- dat à Naples, où es- tant faite pragmati- que et deffance de ne jurer parmy leurs bandes , luy ayant perdu tout son ar- gent dans le corps de garde, il dist seuUe- ment :
63. Bezo las ma- nos, senor Pilato. Gomme, dist-il aprèz^, le remerciant et sçachant bon gré de quoy il avoit sen- tentié Jesus-Ghrist. Gelluy-làdevoit estre bruslé.
63. Si por ti&tas barbas que nascieron a la fumada ae los canones.
Ils en disent bien d'exécrables, comme je vis un jour un bandollier près de Narbonne, qui jura : Por los higados de Dios. Malheureux qu'il estoit.
Un autre juroit : Cuerpo de Dios, por el pan; sangre de Dios, por el vin.
Je'* vis un soldat à Naples, où estant faicte une pragmati- que ou deffance de ne jurer parmy leurs ^ bandes, luy ayant perdu tout son ar- gent dans le corps de garde, il dist seule- ment : Bezo las ma- nos, senor Pilato. Interrogé par quel- qu'un de ses compai- gnons ce qu'il vou- loit dire par là? Il respondit qu'il re-
1. Article biffé.
2. Brantôme corr. : et.
3. Ces trois mots ajoutés entre lignes par Brantôme.
4. Ms. Ja.
5. Ms. le.
DES œUVRES DE BRANTOME.
3^
Ung aullre soldat sortant^ de malladie et d'une grand fleb- vre chaude, allant à l'église remercier Dieu pour sa guéri-
Un autre soldat sortant de malladie et d'une grand fieb- vre chaude, allant à l'esglise remercier Dieu pour sa guéri-
mercioit Pilate et luy en sçavoit bon gré de quoy il avoit senten- tié^ nostre sauveur Jésus Christ. 11 de- voit'estre bruslé.
Un autre soldat es- tant un jour entré dans le logis d'une femme son hostesse, qui avoit trois ou quatre petitz enfans à l'entour d'elle, qui ne faisoient que crier et l'importuner, il dist : Que no vive aun el reij don Hero- des para vengar me d'estos ninos^. Infé- rant par là qu'il eust voulu le roy Hérodes encores revivre pour faire un second mas- sacre des petitz inno- cens, afin que pour luy il n'eust plus la teste rompue du cry de ces petitz enfans. Quelle religion !
Un autre, sortant d'une malladie et d'une grand flebvre chaude, estant allé"* à réglise pour en remercier Dieu de sa
1. Ce raot a été ajouté entre lignes par Brantôme.
2. Ms. sentenhé. — Ce naéme mot a été ajouté entre les lignes dans le ms. de Leyde.
3. Ms. minos.
4. Ms. celle.
32
NOTICE SUR LES MA\DSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
son, il clist et salua ainsin :
64. Bezo las ma- nos, senor Jésus, y tan bien a vos san Pablo %j san Pedro, y a vos otros aposto- les y otros sanctos. Et se tournant vers sainct Anthoyne : Y no a vos, barba blan- ca, que tan mal tu fuego me trato en mis calenturas. Il maudissoit la cha- leur et le feu qull avoit enduré en sa fiebvre, réputant le tout à Monsieur de S' Anthoyne.
65. Je vis une fois ung bandolierau près de Narbonne, qui me jura : Por el hi- gado de Dios. Cel- luy là est fort scan- daleux.
66. Ung autre me jura : Por la letania de los sanctos. Encor celluy est comme les autres précédens as- sez léger.
Les Italliens ne sont si divers en
son, il dist et salua ainsi :
64. Bezo las ma- nos, senor Jésus, y tan bien a vos san Pablo y san Pedro, y a vos otros aposto- los* y otros sanctos de vida eternal''. Et se tournant vers sainct Anthoyne : Y no a vos, barba blan- ca, que tan mal tu fuego me trato en mis calenturas. Il maudissoit la chal- leur et le feu qu'il avoit enduré en sa fiebvre, réputant le tout à Monsieur sainct Anthoyne.
Je vis une fois un bandolier auprès de Narbonne , qui me jura : 55 [lire 65]. Por el higado [de] Dios. Celluy-là est fort escandaleux.
Un autre me jura : 56 [lire 66]. Por la letania de los sanc- tos. Encor celluy est comme les autres précédens assez lé- ger.
Les Italiens ne sont si divers en
guérison, il dist et saluast ainsi : Bezo las manos, senor Jé- sus, y tan bien a vos san Pablo y san Pe- dro, y a iodos vos otros apostolos y san- tos de vida eternal. Et se tournant vers sainct Anthoyne, peint avec sa grand barbe blanche, il dist : Y no a vos, barba blanca , que tan mal tu fuego me trato y me quemo en mis calenturas.
Le brave Monsieur de Bayard ne fit pas cela; [la suite comme aux pages -185-201 du tome VII de l'édi- tion Lalanne.l
1. Corr. aposloles.
2. Ces trois derniers mois ont été ajoutés en marge de la main de Brantôme.
leurs jurements, mais ils en disent de fort scandaleux et odieux, lesquelz il vault mieux taire que dire.
Noz Françoys sont grand jureurs aussy ; mesmes que le temps passé ce proverbe courroit : « Il renie Dieu comme ung ad- vanturier ». Mais au- jourd'huy chascun s'en accommode. Dieu à tous leur face la grâce de s'en ré- former. Fin où il se faut arester^
DES OEUVRES DE BRANTOME.
leurs juremens, mais ilz en disent de fort escandaleux et odieux, lesquelz il vaut mieux taire que dire.
Nos François sont grands jureurs aus- si; mesmes que le temps passé ce pro- verbe courroit : « II renie Dieu comme un advanturier ». Mais aujourd'huy chascun s'en accommode. Dieu à tous leur fasse la grâce de s'en ref- former.
Je faits pour ast'
33
heure fin à ces Rodomontades espaignolles, sur l'espoir que j'ay de les reprendre et en réduire encor de fort belles dans la vie illustre de nostre roy Henry quatriesme^, aujourd'huy heureusement régnant, lesquelles se sont pratiquées parmy ces guerres espaignolles. Et faut espérer que, si les Rodomontades espaignolles sont belles, que l'on y en verra bien d'autres de celles de nostre Roy pour leur réplicque, car à beau jeu beau retour, principallement celles qu'il usa en leur endroit à la prise de Paris, en la composition et rendition des villes de la Fère, Amians et autres. Que si Dieu me preste la vie, la santé et la grâce, j'espère m'en acquicter dignement, ainsi que Sa Magesté m'en a donné un très-digne subjet et que j'en ay l'affection très-grande.
S'' Page 191.
Blazon de la couleur verde. Autre de ladicte couleur verte
Verde claro y verde obscuro, 9^11^} Q^^ signiffie Espéraiice.
Esperança perdida Do raora lo verde,
Y despues cobrada. No puede mucho leonado,
1. Cette dernière phrase a été ajoutée par Brantôme.
2. Voir L. Lalanne, Brantôme, sa vie et ses écrits (1896). p. 350 et 352.
1904 3
34 NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
Do Esperança no se pierde, Autre.
Poco aprovecha el cuydado. Si amor pone las escalas
Al muro del coraçon,
Autre. El verde da TEsperança
, , u 1 T?. „ Y ninguna defension.
Yo son el verde, nombra do Espe- °
[rança, Autre.
De loda tiniebla l'humbre, Quien me da graves passiones
De las virtudes la cuinbre, Mando que la puente alçassen,
Remedio de servidumbre Por que servicios no passen,
Y de los humanos holgança. Ni el verde s'espeû galardones.
4" Page 195. Brouillon d'une autre dédicace à la reine de Navarre, pour une traduction de Lucain, avec corrections autographes et signature de Brantôme à la fin (éd. Lalanne, t. X, p. 4-8) :
« Madame, Dernièrement, que je vous estois allé faire la révé- rance à Usson, j'eus cet honneur d'entrer dans vostre salle et vous voir manger tous les jours... »
Tout le passage qui suit, biffé dans le manuscrit, a été omis dans l'édition Lalanne (X, 7) :
Sur ce, Madame, j'ay pensé que, si vouliez prendre la peine, parmy aucuns de vos loysirs et en passant vostre temps, de vouloir tra- duire ces livres de Lucain en vostre langue françoyse, j'entens en prose seulement, ainsi qu'a faict Viginaire sa Dellivrance de Hiéru- salem, car autrement ilz ne seroient pas si beaux; je croy que ce seroit le plus bel œuvre et le plus admirable qui soit esté faict de tous nos temps. Pour Dieu, Madame, entreprenez cela, vous en pour- rez venir à bout mieux et à vostre honneur que personne de la France, ny sans vous peiner, raportez-y un peu votre gentil esprit, despliez-y vos sens, employez-y vostre savoir et beau dire. Moy, je fournyray d'encre et de papier, et ma peine, qui ne sera pas trop grande, puisqu'elle me sera très honnorable d'escrire soubz vous. C'est un œuvre, Madame, digne de vous, et mesmes, ayant esté faict en latin, d'une belle, honneste, vertueuse et docte dame romaine, et Ton dira qu'il a esté aussi traduict en françoys par une Reyne, la merveille du monde, qui en a faict un présent à sa France et à ses subjetz. Je vous dis cecy. Madame, parce que je vous vis dernière- ment (ainsi que me distes) en humeur et volunté de traduire FOdis- sée d'Homère en françois, si elle n'estoit point traduicte. Je ne sçay
DES œUVRES DE BRANTOME. 35
si elle l'est, ouy ou non, mais cet œuvre de Lucain est bien autre chose, et plus cligne de vous, ainsi qu'il y a différance entre le faux etle vray, et entre la fable et l'histoire, qui est contenue dans Lucain. Je voudrois, Madame, estre bon orateur, pour vous en persuader la volunté et la traduction, quand j'auroy cet honneur d'estre près de vous, en vous supliant très humblement, Madame, me pardonner, si je suis esté si présumptueux de vous adresser telles paroUes, y allant à la bonne foy, et d'un désir que j'ay de voir un œuvre si admirable sortir d'une telle royalle et digne Magesté que la vostre, pour la pros- périté de laquelle je suplie la divinité tant que je puis, et me face aussi la grâce que puissiez un jour cognoistre combien je vous suis, Madame*.
X (20478) . Discours sur M. de la Noue et sur les retraites de guerre, et fragment des Vies des grands Capitaines (éd. Lalanne, t. VII, p. 203-265 et 267-303, et t. V, p. 218-229). — 175 et 15 pages.
i" Page 1 . Discours sur M. de la Noue. — Début : [Titre pos- térieur.] « Discours sur Monsieur de la Noue, assavoir à qui l'on est plus tenu, à son Roy, ou à sa patrie, ou à son bienfacteur, » « J'estois ung jour en une honneste compaignée d'honnestes seigneurs... » — Fin : «- ... que je crains estre trop long. »
2° Page 109. Discours sur les retraites de guerre. — Début : [Titre postérieur.] « Discours sur les belles retraictes. »
« Autre discours. [Titre autogr. de Brantôme.] J'ay souvant ouy dire à de grands capitaynes et généraux d'armées... » — Fin : « .. de ceste matière et subject parlé. »
3° Page 1-15 (en retournant le volume). Fragment des Vies des grands Capitaines. — Début : « L'un feust le grand maistre d'Aubusson, qui défendit si vaillanment Rhodes... » — Fin : « ... et porta et honneur et tesmoignage au Grand Maistre... »
1. Sur trois feuillets préliminaires, d'une autre écriture, on trouve copiées les pièces suivantes : 1° « Articles de la juridiction donnée à messeigneurs les connestabies et naareschaux de France, ou leurs lieutenans à la Table de marbre, au Palais à Paris, sur le fait des guerres et payement de la gendarmerie. » — 2° « Édit par lequel le Roy départit les lymiles de France à trois marescbaux icy nommez, leur donnant juridiction à chacun selon le lieu à luy départy. » — 3° « Ordonnances du Roy sur l'ordre et forme des monstres, gages et paiements des bendes des chevaulx légiers... » [Début seul de cette ordonnance de Henry IL]
36 NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
XI (20474). Premier livre des Dames (éd. Lalanne, t. VII, p. 307-443, et t. VIII, p. 1-203). — 188 feuillets.
Début : « Discours premier des Dames, sur le reyne Anne de Bretagne. Puis qu'il me faut parler des Dames, je ne veux m'amu- ser aux anciens {corr. : ancienes)... » — Fin : «... et jà sur l'aage j'ay entretenu son peuple et les... »
Après ces derniers mots, de nombreux feuillets ont été arra- chés, et le volume se termine par les deuxième et troisième dis- cours du second livre des Dames (éd. Lalanne, t. IX, p. 254- 327).
Fol. 162. [Discours sur le sujet qui contente le plus en amours, ou le toucher, ou la veue, ou la parole.] « ... en sont estées plus curieuses et exquises que les nostres, tant en parfums qu'en parure... — ... quand il veut, la sçait bien déprimer. Fin. »
Fol. 182. « Autre discours [sur la beauté de la belle jambe]. Entre plusieurs belles beautez que j'ay veu louer... — ... ont une grande faveur et pouvoyr à l'empire d'amour. »
Les nombreuses additions et corrections autographes, faites par Brantôme dans cette seconde partie du manuscrit, sont reproduites dans la copie de Dupuy (ms. 608).
On pourra juger des différences, relativement légères, des quatre rédactions du premier livre des Dames par les quelques extraits suivants :
Première rédaction. Seconde, troisième et quatrième
rédactions^.
(Ms. n. a. fr. 20474, fol. 2.) (Mss. n. a. fr. 20480, p. 5, 20475, p. 1,
et franc. 3272, p. 1.)
Discours premier des Dames, sur Discours premier des Dames, sur
la reyne Anne de Bretagne. la reyne Anne de Bretaigne^.
Puis quMl me faut parler des Puis qu'il me faut parler des
Dames, je ne veux m'amuser aux Dames, je ne veux m'arauser aux
anciens \ dont les histoires sont anciennes, dont les hystoyres-*
toutes pleines, et ne seroit qu'en sont toutes pleines, et ne seroit
1. Brantôme corr. ancienes.
2. Les variantes des 3^ et 4» rédactions sont indiquées en notes.
3. Dans la i' rédaction, ce titre est précédé du titre général suivant : Pre- mier volume des Dames, dédié à la susdite reyne de France et de Navarre.
4. Histoires, 3° rédact.
DES ŒUVRES DE BRANTOME.
37
chafourer le papier en vain, puis quMl ' y en a assez d'escrit, et mesmes ce grand Bocace en a faict un beau livre à part. Je me contenteray donc d'en escrire d'aucunes particulières et prin- cipallenient des nostres^ et de celles de nostre temps ou de noz pères, qui nous en ont peu re- conter. J'acommenceray donq par nostre reyne Anne de Bretaigne, la plus digne et honnorable reyne qui ayt esté despuis la reyne Blanche, mère du roy^ Louys...
qu'en chaffourrer le papier en vain, car il y en ha^ assez d'es- cript et mesmes ce grand Boc- casse '' en a faict ung beau livre à part. Je me contanteray donq d'en escripre d'aucunes particul- lièreset principallementdes nos- tres, de nostre France et de celles^ de nostre tempz ou de noz pères, qui nous en ont peu raconter." Je commanceray donq par nostre reyne Anne de Bretaigne, la plus digne e^ honnorable reyne qui ayt esté despuis la reyne Blanche, mère du roy sainct Louys...
Second discours sur laretjne mère, Catherine de Médicis.
Je me suis cent fois estonné et esmerveilié de tant de bons es- crivains, que nous avons veu de nostre temps en la France, qu'ilz n'ayent esté curieux de faire quelque beau recueuil de la vie et gestes de la reyne mère Cathe- rine de Médicis, puis qu'elle en ha produict d'amples matières et taillé bien de la besongne, sija- mays reyne de France tailla \ ainsin que dit l'empereur Charles
Second discours sur la reyne mère de noz roys derniers'', Cathe- rine de Médicis.
Je me suis cent fois estonné et esmerveilié de tant de bons es- crivains, que nous avons veu de nostre temps en la France, qu'ilz n'ayent esté curieux de faire quelque beau recueil de la vie et gestes de la reyne mère Cathe- rine de Médicis, puisqu'elle en a produict d'amples matières et taillé bien de la besongne, si ja- mais reyne de France ^'^ tailla, ainsin que le dict l'empereur
1. Corr. car il.
2. Add. de nostre France.
3. Add. St.
4. Add. autogr. de Brantôme.
5. A, Z" et 4° rédact.
6. Boccasse, 3° rédact.; Boccace, 4"= rédact.
7. De celles, 3" rédact.
8. Et, 3" rédact.
9. Ces quatre mots ajoutés de la main de Brantôme.
10. Ces deux mots omis dans le ms. de Bélhune.
38
NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
à Paulo Jovyo une fois, à son re- tour de son triuraphant voyage de la Goulele, voulant faire la guerre au roy François, qu'il fîst seulement provision d'encre et papier, qu'il luy alloit bien tailler de la besongne... Il y en a heu un portant qui s'en est voulu mesler d'en escrire, et de faict en risl un jjetit * livre, qu'il intitula la Vie de Catherine; mais c'est un imposteur et non digne d'estre creu, puis qu'il est plain plus de menteries que de veritez, ainsin qu'elle mesme le dit, l'ayant veu. Comme telles fausetés sont appa- rentes à un chacun et aysées à no- ter et dejeter'^, aussi celuy qui l'a faict luy vouloit mal mortel... Quand à moy, je desirerois fort avoir le bien ^ dire, ou que j'eusse une bonne plume et bien taillée à commandement pour Texalter et louer comm' elle le mérite. Toutesfois tel qu'il ■* est, je m'en vais remployer à l'azard. Geste reyne donc est extraicte du costé du père de la race de Médicis, l'une des nobles et illustres mai- sons, non seulement de l'Italie, mais de la chrestienté, quoy qu'on en die. Elle estoit estrangère de ce costé; comme les alliances des grands ne se peuvent prendre communément dans leurs royau- mes, la maison toutesfois de Mé-
Charles a Paulo Jovio une fois, à son retour de son triumphant voiage de la Goulette, voullant faire la guerre au roy François, qu'il fist seuUement provision d'ancre et papier, qu'il luy alloit bien tailler de la besongne... Il y en a heu ung pourtant qui s'en est vouleu mesler d'en escrire, et de faict en fist ung petit livre, qu'il intitula la Vie de Catherine ; mais c'est ung imposteur et non digne d'estre creu, puis qu'il est plus plain de menteries que de vérité, ainsin qu'elle mesmes le dict, l'aiant veu. Comme telles faulsettez sont aparantes à ung chacun et aisées à notter et de- jetter, aussi celluy qui l'a faict luy vouloit mal mortel... Quand à moy, je desirerois fort sçavoir bien dire ou que j'eusse une bonne plume et bien taillée à commandement pour l'exalter et louer comme elle le mérite. Tou- tesfois telle^ qu'elle est je m'en vais l'emploier à l'azard. Geste reyne donq est extraicte du costé du père de la race de Médicis, l'une des nobles et illustres mai- sons, non seuUement de l'Ytallie, mais de la chrestienté, quoy qu'on en die. Elle estoit estran- gière de ce costé; comme les al- liances des grands ne se peu- vent prendre communément dans
1. Add. autogr. de Brantôme.
2. Add. autogr. de Brantôme.
3. Corr. autogr. de Brantôme : fort savoir bien.
4. Corr. autogr. de Brantôme : tele qu'ele.
5. Add. autogr. de Brantôme.
DES CEDVRES DE BRANTOME. 39
dicis auroit quasi lousjours esté leurs roiaumes^, la maison tou-
alliée et confédérée aveq la cou- tesffois de Médicis auroit^ quasi
ronne de France, dont encores toujours esté aliee et confédérée
ilz portent les fleurs des lys, que aveq la couronne de France, dont
le roy Louys Xll ' donna à ceste encores ilz portent^ les fleurs de
maison en signe d'allience et con- lis, que le roy Louis unsiesme
fédération perpétuelle. Mais de la donna à cette maison en signe
génération maternelle sortie ori- d'aliance et confédération perpé-
ginellement de Tune des plus tuelle. Mais^ de la génération,
nobles et anciennes maisons de maternelle eW est ^ sortie origi-
France. . . nellement de l'une des plus nobles
maisons de France...
XII (20475). Premier livre des Dames (éd. Lalanne, t. VII, p. 307-t. VIII, p. 204). — II et 451 pages.
Début : « Discours premier des Dames, sur la reyne Anne de Bretaigue. Puis qu'il me faut parler des Dames, je ne veux m'amuzer aux anciennes. . . » — « ... d'aborer la domination des femmes. »
XIII (20480). Premier livre des Dames (éd. Lalanne, t. VII, p. 307-t. VIII, p. 204). — 430 pages.
Début : « Discours premier des Dames, sur la reyne Anne de Bretaigne. Puis qu'il me faut parler des Dames, je ne veux m'amuser aux anciennes... » — Fin : «... d'aborrer la domi- nation des Françoise C'est assez parler des choses sérieuses, il faut ung peu parler des gayes. »
1. Corr. XI.
2. Le ms. de Bélhune contient ici celle addition autographe de Brantôme : « Aussy n'est-ce pas quelques foys le meilleur, car les alliances estrangères valent bien autant ou plus que les prochaynes. »
3. Corr. a.
4. Corr. en porte,
5. Mot biffé.
6. Add. autogr. de Brantôme.
7. François biffé par Brantôme et corrigé en famés; la suite a aussi été biffée par Brantôme.
AO NOTICE SUR LES MANDSCRITS ORIGIXAUX ET AUTOGRAPHES
DEUXIÈME RÉDACTION.
Manuscrit de Bignon. (Français 6694, anc. Supplément 120.)
Vies des grands Capitaines (éd. Lalanne, t. I, p. 9-t. V, p. 296). — 412 feuillets.
Début : « Recueil d'aucuns discours, devis, contes, hystoyres, combatz, actes, traitz... Or ce recueil en ce que touche les hommes est rédigé en deux grands volumes...
[Dédicace.] « A la Reyne de France et de Navarre. Madame, si j'ay heu quelque fois par vostre permission cest honneur. . .
« J'acommence mon œuvre par l'exaltation d'aucuns grands capitaynes et personnages de guerre... » — Fin : « ... pourtant la France, qui l'a veue d'autrefois, mais non ce qu'elle est main- tenant, a esté ung pays incomparable en tout. »
On lit en haut du premier feuillet : « Monsieur Bignon, maître des requestes et bibliothécaire du Roy, a donné ce manus- crit à la Bibliothèque le 7 novembre 1745. »
C'est le seul volume, qui paraisse subsister aujourd'hui, de la seconde rédaction des œuvres de Brantôme, en quatre grands volumes, deux pour les Hommes, dont celui-ci est le premier, et deux pour les Dames.
TROISIÈME RÉDACTION.
Manuscrits de Béthune. (Français 3262-3264 et 3270-3273.)
I (3262). Vies des grands Capitaines, l*"" livre (éd. Lalanne, t. I, p. 7-t. II, p. 282). —271 feuillets.
Titre ajouté de la main qui a fait des corrections en divers endroits du volume (fol. 3) : « Les Vies des grands Capitaines estrangers du siècle dernier, empereurs, roys, princes et gentils- hommes, avec celles de leurs partizans, recueillies en forme d'histoire, par Messire Pierre de Bourdeille, vivant seigneur de Branthome et des baronnies de Richemont, S*-Crespin, et la Cha-
DES œilVRES DE BRANTOME. 4^
pelle Montmoreau, chevalier de l'Ordre du Roy et de l'Habito de Christo de Portugal.
« Il faudra mettre icy les armes de Bourdeille et de Yivonne*. » Puis, de même main, au fol. 4, la dédicace « à la reyne Mar- guerite, » imprimée dans l'édition Lalanne, t. I, p. 8. Elle a été transcrite sur le recto d'un feuillet blanc, collé sur le feuillet anciennement numéroté 4 (aujourd'hui 4 bis), de façon à cacher la fin d'une autre dédicace, qui se terminait au recto de ce même feuillet et dont le commencement se trouvait au feuillet ancien- nement numéroté 3, qui a été coupé et dont il ne reste plus que le talon formant onglet. Voici ce qui subsiste de cette autre dédi- cace (fol. 4 bis) :
... Les roys maislres en leurs armées, les suivre et les courtiser en leurs courtz^ [ensemble de servir les belles et honnesles dames de la court de nos grandes reynes et princesses et passer aussi mon temps en autres divers et très beaux exercices 2,] et passer aussi mon temps en autres exercices^. Je seray donques excusé, Madame, si vous ne voyez icy un seul bel ordre d'escrire, ny aucune belle dispo- sition de paroUes éloquentes, el les remetz aux mieux disans et escri- vains, j'entendz de ceux qui vous ont peu imiter en vostre beau par- ler. Bien vous diray-je, Madame, ce que j^escritz est plein de vérité de ce que j'ay veu, je Tassure, de ce que j'ay appris et sçeu d'autruy, je n'en puis mais. Si tiens-je pourtant beaucoup de choses de grandes personnes, tant hommes que femmes, et de livres très véritables et dignes de foy. Voylà enfin, Madame, comme je me présente à V[ostre] M[ajesté], avec dévoction et vœu solempnel de vous demeurer à éternité.
Vostre très humble et très obéissant subject et très affectionné serviteur.
De Bourdeille.
Début (fol. 4 bis v") : « Premier livre des Hommes. J'acom- mance^ mon livre par les louanges et gloires d'aucuns grands
1. Bourdeille : d'or, à deux pattes de griffon de gueules, onglées d'azur, et posées en contrebande l'une sur l'autre. — Vivonne : d'hermines, au chef de gueules.
2. Cette phrase entre crochets a été ajoutée en marge, de la même main de. copiste.
3. Mots biffés.
4. Corr. Je commence.
42 NOTICE SDR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
capitaines... » — Fin (fol. 271) : « ... bons capitaines et grandz personnages estrangers. [Il faut maintenant venir à nos braves François, qui vallent bien les autres, selon qu'on le verra par la preuve. Et pour mieux accommencer, je viens à nostre brave et gentil roy Charles VIIF de ce nom. Fin du premier livre i.] »
II. — Le tome II manque ; il contenait les feuillets 272 à 536, sur lesquels était transcrit le second livre des Grands Capi- taines. Il n'est plus représenté aujourd'hui que par la copie faite, après les dernières corrections du texte, par les soins de P. Dupuy, et qui porte le n" 610 dans sa collection (éd. Lalanne, t. II, p. 283-t. m, p. 413).
III (3263). Vies des grands Capitaines, 3" livre (éd. La- lanne, t. IV, p. 1-t. V, p. 123). — 272 feuillets, numérotés 537 à 791, plus un dernier feuillet.
Début (fol. 537) : « Troisiesme livre des Hommes illustres et grandz Capitaines. Monsieur le mareschal de Termes a esté un très grand capitaine... » — Fin (fol. 792) : «... ce que n'eust sceu faire si aysément l'autre. Voila ce qu'on^ disoit alors. »
IV (3264). Vies des grands Capitaines, 4" livre, et Discours sur les colonels (éd. Lalanne, t. V, p. 123-296, et t. V, p. 297-t. VI, p. 231). — 283 feuillets, numérotés 792 à 889 et 1 à 185,2.
Début (fol. 792) : « Le quatriesme livre des Hommes illustres et grandz Capitaines. Monsieur le mareschal de Biron. Parlons maintenant de Monsieur le mareschal de Biron... » — Fin (fol. 889) : « ... pourtant la France, qui l'a veue et autres fois, mais non ce qu'ell' est maintenant, a esté un pays incompa- rable en tout. »
Fol. 98-283 (a ne. fol. 1-186). « Discours sur les couronnelz de l'Infanterie de France. Après avoir parlé des grandz capi- taines et généraux d'armées... — ... et y verrions de plus belles choses et enrichies qu'il n'y a de joy. Or c'est assez. Fin. »
V-VII (3272, 3271 et 3270). Premier livre des Dames (éd.
1 . Cette dernière phrase a été biffée dans le ms.
2. Add. en.
DES CEDVRES DE BRANTOME. 43
Lalanne, t. VII, p. 307-t. VIII, p. 204). — 92, 48 et 69 feuillets.
V (3272). [Copie dans Dupuy, 611, fol. 9-114 y\] — Début : « Premier volume des Dames, dédié à la susdite reyne de France et de Navarre. Discours premier des_ Dames, sur la reyne Anne de Bretaigne. Puis qu'il me faut parler des Dames, je ne veux m' amuser aux anciennes... » — Fin : «... Il fallust que la justice usast de son droict, et c'est la fin de l'histoyre. Fin. »
VI (3271). [Copie dans Dupuy, 611, fol. 115-175 v°.] — Début : « Discours sur la reyne d'Hespaigne, Elisabet de France. J'escripts icy de la reyne d'Hespaigne, Elisabet de France et vraye fille de France... » — Fin : « ... Car si jamais fut veue du monde personne en figure céleste, certes vous Testes. Fin. » — A la fin six vers et, au début du volume suivant, un quatrain en l'honneur de Marguerite de Navarre, imprimés dans l'édition Lalanne, t. VIII, p. 85 et note 1 .
VII (3270). [Copie dans Dupuy, 611, fol. 176-265 v°.] — Début (fol. 1 v") : « Discours sur les* filles de la^ maison de France. C'est une chose que j'ay veu noter à de grandes personnes, tant hommes que dames de la court... » — Fin : «... estant en fin le naturel de plusieurs hommes d'aborrer la domination des femmes. »
YIII. — Le tome VIII manque; il contenait le second livre des Dames, dont la copie forme aujourd'hui le n° 608 de la col- lection Dupuy (éd. Lalanne, t. IX, p. 1-529). Le dernier dis- cours de ce second livre se trouve entête du volume suivant.
IX (3273). Rodomontades et serments espagnols, avec la fin du second livre des Dames (éd. Lalanne, t. VII, p. 5-145 et 179-185, note 1, et t. IX, p. 530-727). — 182 feuillets.
En tète du fol. 1, une note autographe de Brantôme porte : « Ce livre est du tout incorrect et imparfait, par quoy n'y faut nullement jeter la veue, mays qui le veut voyr bien corrigé lise , mon livre qui est couvert de velours tané, ou mon grand livre
1. Mesdames, corr. autogr. de Brantôme.
2. Brantôme ajoute noble.
44 NOTICE SDR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
couvert de velours verd, où sont tous mes discours escritz tou- chant les Dames. »
Puis, au fol. 1 v'', de la main du copiste : « Ce discours subs- séquent doit estre mis avecques l'autre et second volume, que j'ay fait des Dames et dédié à Monsieur le duc d'Alençon ; mais par faute de papier, qui a manqué à l'autre volume, je l'ay icy mis et inceré, en attandant que je les réduise tous ensemble et en bon ordre. »
Début (fol. 2) : « Discours sur les femmes mariées, les vefves et les filles, à sçavoir desquelles les unes sont plus chaudes à l'amour que les autres. Moy estant un jour à la court d'Es- paigne... » — Fin : « ... d'un bon correcteur pour rhabiller le tout. »
Fol. 107 v°. Rodomontades espagnoles, 3'' rédaction. « Ce recueil qui s'ensuit des Rodomontades espaignoUes est dédié à nostre reyne... » — Fol. 108. « Discours d'aucunes Rodomon- tades et gentilles rencontres et parolles espaignoUes. Il faut un peu parler des Rodomontades... — ... et mesurer les terres de l'un et des autres. »
Fol. 179 v°. Serments et jurements espagnols. « Après avoir raconté aucunes Rodomontades des Espaignolz... — ... et j'en ay l'affection très grande. » (Voir plus haut, p. 25 et 29, les extraits des différentes rédactions des Rodomontades .)
Copies des manuscrits de Béthune
faites pour les dupuy
(1645-1650).
(Collection Dupuy, n»» 608-613.)
I (609). Vies des grands Capitaines, tome I. — Copie, faite en 1646, du tome I (fol. 1-271) du manuscrit de Béthune (français 3262). — 377 feuillets.
II (610). Vies des grands Capitaines, tome II. — Copie, faite en 1646, du tome II (fol. 272-536) du manuscrit de Béthune (aujourd'hui perdu). — 412 feuillets.
III (613). Vies des grands Capitaines, tome III. — Copie, faite en 1645, du tome III (fol. 537-791) du manuscrit de Béthune (français 3263). — 283 feuillets.
DES œUVRES DE BRANTOME. 45
IV (612). Vies des grands Capitaines, tome IV, et Dis- cours sur les colonels. — Copie, non datée, du tome IV (fol. 792-889 et fol. 1-283) du manuscrit de Béthune (fran- çais 3264). — 327 feuillets.
V (611). Premier livre des Dames. — Copie,_ faite en 1646, des tomes V, VI et VII du manuscrit de Béthune (français 3272, 3271 et 3270). — 265 feuillets.
VI (608). Second livre des Daines. — Copie, faite en 1650, du tome VIII du manuscrit de Béthune (aujourd'hui perdu). — 369 feuillets.
Les Rodomontades et serments espagnols, qui, avec le septième et dernier discours du second livre des Dames, for- maient le tome IX du manuscrit de Béthune, ne se trouvent pas dans la collection Dupuy.
COPIES DIVERSES DES MANUSCRITS DE BRANTOME.
Bibliothèque nationale.
Mss. français 3265-3268. — Vies des grands Capitaines. — Quatre volumes in-folio; 512, 471, 445 et 452 feuillets. Reliure en parchemin granité. (De Mesmes, 313-316; ancien j^os 8776^-^)
Le ms. français 3269, placé à la suite de ces quatre volumes, contient la copie faite, par Antoine Lancelot, d'additions et notes au livre III des Grands Capitaines contenues dans le ms. de Béthune, aujourd'hui n° 3263 du fonds français. — In-folio, 36 feuillets. Demi-reliure. (Lancelot 45; ancien n° 8772^.)
Mss. français 6688-6693. — Vies des grands Capitaines, en quatre livres, et deux livres des Dames. — Six volumes in-folio; 418, 402, 481, 452, 347 et 516 feuillets. Reliure en maroquin rouge (sauf le t. II, relié en veau rac), aux armes de * Philippe-Elisabeth d'Orléans, M"* de Beaujolais. (Ancien Supplé- ment 3683'-^)
46 NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
Ms. français 14343. — Seconde partie du premier volume des Dames, commençant au « Discours sur la reine de France et de Navarre, Marguerite. » — In-4''; 189 feuillets. Reliure en veau racine. (Ancien supplément 1652.)
Mss. français 17445-17448. — Vies des grands Capitaines.
— Quatre volumes, in-folio; 416, 452, 494 et 332 feuillets. Reliure en veau granité. (Ancien Saint-Germain, Gesvres 24.)
Mss. français 17455 et 17450 à 17454. — Vies des grands Capitaines, en quatre livres, et deux livres des Dames. — Six volumes, in-folio; 562, 414, 458, 343, 299 et 441 feuillets. Rel. en veau rac. (Ancien Saint-Germain français 1001^ ^' 2-^)
Deux autres copies partielles des œuvres de Brantôme ont été jointes à cet exemplaire : 1° ms. français 17449, premier livre des Dames; — 2° ms. français 17456, deuxième livre des Grands Capitaines. — Deux volumes, in-folio; 359 et 499 feuillets. Reliure en veau racine, aux armes et chiffre du chancelier Séguier. (Ancien Saint-Germain français 1001' ^^^.)
Mss. français 20675, 20677, 20678 et 20676. — Vies des grands Capitaines, en quatre livres (moins le troisième), et premier livre des Dames. — Quatre volumes in-folio, 366, 194, 208 et 135 feuillets. Reliure en veau brun, sauf le premier volume, qui est relié en parchemin granité. (Ane. Missions- Étrangères 137'"^.) — La copie du premier livre des Dames porte la date 1656.
Ms. français 20205 des nouvelles acquisitions. — Vies des grands Capitaines, premier livre, et deux livres des Dames.
— In-folio, 313 feuillets. Rehure en parchemin. (Provient du Collège de Clermont, à Paris, n" 808; puis de G. Meerman, n° 859; et de sir Thomas Phillipps, ms. 27 ; n° 177 de la vente de 1903.)
Bibliothèque de l'Arsenal.
Mss. 6303-6311. — Neuf volumes, in-folio, reliés (sauf le premier) en veau marbré et ainsi distribués :
1" Ms. 6303. Premier livre des Grands Capitaines. — 501 feuillets. Reliure en maroquin rouge, aux armes du comte de Crissé, et avec ex-libris gravé de B.-H. de Fourcj. (Provient du marquis de Paulmy ; ancien n" 878, H. F.)
DES OEUVRES DE BRANTOME. 47
2" Mss. 6304-6307. Vies des grands Capitaines, incom- plète du premier volume et ainsi divisée : Tome IL « Second volume... Dora Philippe, roy d'Espagne. Or maintenant, après avoir parlé du père... » (éd. Lalanne, II, 71). — III. « Troi- sième volume... Monsieur de Nemours, Gaston de Foix. Le Roy ayant retiré de Milan... » (éd. Lalanne, III, 8).' — IV. [Qua- trième volume.] « Monsieur le maresclial de Termes. Monsieur le mareschal de Termes a esté un très grand capitaine... » (éd. Lalanne, IV, 1). — V. « Cinquième volume... Monsieur l'admirai de Chastillon. Maintenant il me faut parler... — ... perdit le marquisat [de La Vallette] et tout par un despit » (éd. Lalanne, IV, 285). — 305, 333, 376 et 322 feuillets.
3" Ms. 6308. Tome VI. « Discours sur les Colonnels de l'In- fanterie de France. » — 312 feuillets.
4° Mss. 6309-6311. Tomes VII-IX. Deux livres des Dames, dont le second est partagé en deux volumes, au 5" « Discours sur le sujet qui contente plus en amours. » — 293, 218 et 248 feuillets. (Provient du marquis de Paulmy ; ancien n" 878, H. F.)
Bibliothèque Mazarine.
Mss. 2059-2065. — Vies des grands Capitaines, en quatre volumes, et deux livres des Daines, dont le second est partagé en deux volumes, au 5® Discours, comme dans la copie qui pré- cède. — Sept volumes, in-folio; 444, 614, 534, 463, 304, 272 et 307 feuillets. Reliure en maroquin rouge, avec ex-libris gravé de Charlotte-Anne-Françoise, duchesse de Montmorency- Luxem- bourg. (Anciens n"' 1912 et 1913.)
Mss. 2066-2067. — Vies des grands Capitaines, premier, second et quatrième livres ; le troisième livre manque et les deux premiers sont reliés en un volume, qui se termine par ces mots : «... qu'il méritoit certes sans mentir. Fin du second volume des Hommes illustres. » — Deux volumes, in-folio ; 326 et 185 feuil- lets cartonnés. (Provient des Minimes de Paris ; anciens n°' 3104 et 3105.)
Ms. 2068. — Rodomontades espagnoles ; 3" rédaction, mais avec une numérotation des jurements plus élevée à la fin de
48 NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
deux unités : « 68. Por la letania de los santos. » — In-4°; 85 feuillets. Reliure parchemin. (Ancien n° 2079 a.)
Sous les n°^ 2048-2058 (3106-3115 et 2959 a), on conserve encore à la Bibliothèque Mazarine un exemplaire de l'édition de Leyde, 1722, in-12, collationné sur les mss. de Béthune et une copie des additions et notes de Lancelot (ms. franc. 3269).
Bibliothèque de l'Institut.
Mss. 328-333. — Vies des grands Capitaines, en quatre livres, et deux livres des Dames. — Six volumes, in-folio; 524, 518, 529, 367, 314 et feuillets. Reliure en veau granité, aux armes de Gaspard Fieubet de Naulac, et avec le cachet de la bibliothèque d'Antoine Moriau. (N°^ 522 et 523 de l'inventaire de M. F. Bournon.)
Bibliothèque de l'Université, a la Sorbonne.
Mss. 357 et 358. — Vies des grands Capitaines, premier et second livre, finissant par : « ... qu'il méritoit certes sans mentir. Fin du second volume des Hommes illustres. » — Deux volumes, in-folio. Reliure en veau granité, aux armes du maréchal duc de Grammont.
Bibliothèque de la ville de Paris.
Ms. 6933. — « Vies des Dames illustres de la cour de France, recueillies par un bon autheur. » Premier livre des Dames. — In-folio. Rel. veau granité, aux armes de Louis Chauvelin, sei- gneur de Grisenoy. (N" 241 de l'inventaire de M. F. Bournon.)
Bibliothèque royale de Bruxelles.
Mss. 21163-21169. — Vies des grands Capitaines, en quatre livres, et deux livres des Dames, dont le second est par- tagé en deux volumes, après le 6'' Discours. — Sept volumes, in-folio; 483, 471, 412, 274, 370, 285 et 208 feuillets. Demi- reliure et reliure parchemin jaspé.
Ms. 10417-10418. — Fol. 32-54. « Maximes et advis du
DES œCVRES DE BRANTOME. 49
maniement de la guerre, » par André de Bourdeille, frère aîné de Brantôme. — ^1-4"; 54 feuillets. Reliure parchemin.
Bibliothèque de Carpentras.
Mss. 620 et 621 (L.592). — Vies des grands Capitaines, tome II, et premier livre des Dames. — In-folio; 376 feuillets. Reliure en veau.
Le premier livre des Dames s'arrête à la fin de la notice de la reine Jeanne de Naples (éd. Lalanne, t. VIII, p. 204). — A la suite ont été ajoutées les deux épitaphes, en vers et en prose, de ¥«■« d'Aubeterre (éd. Lalanne, t. X, p. 81-87).
Bibliothèque de Chateaudun.
Ms, 538. — Premier livre des Dames. — In-folio ; 1 et 191 feuillets. Reliure en basane.
Bibliothèque de l'Université de Leyde.
Ms. supplément 772 (Marchand 42). — Rodomontades et serments espagnols, et fragments de traduction de Lucain. — In-4'', 272 pages. Reliure en velours vert. (« Ex libris Prosperi Marchand, bibliopolae Parisiensis, via Jacobsea. »)
C'est une copie ancienne, faite par l'un des secrétaires de Brantôme, de la troisième rédaction des Rodomontades et ser- ments espagnols, qui est conservée dans le ms. n. a. fr. 20477, mais sans les corrections et additions autographes faites par Brantôme à ce dernier exemplaire '. — A la suite (p. 254-272) se trouvent les différentes pièces reproduites, d'après l'édition de 1740, dans l'édition Lalanne, t. X, p. 4-16.
Sur la couverture en velours du volume on lit le nom de
1. Une addition autograplie de Brantôme, à la p. 202 du ms. de Leyde : « et en porta les couleurs jaune et tanné, » se retrouve dans le ras. n. a. fr. 20477; une autre note autographe, au début des Serments (p. 224), en regard du n" 10, « Si por l'aima de mi madré qu'este en parayso. Pensez qu'il en avoyt un bon certificat », n'est pas reproduite dans le ms. n. a. fr. 20477.
-1904 4
50 NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
« Nicolas Le Broc » et au dernier feuillet de garde se trouvent les signatures « S. Noury » et « N. Le Broc, » à propos duquel Prosper Marchand a ajouté plus bas la note suivante : « Ce « Le Broc étoit apparemment fils de Jacques le Broc, ou de Broc, « chevallier, baron de S. Mars, Lizardière, Cherairê, etc., mari « de Marguerite de Bourdeille, fille de Claude de Bourdeille, fils '< d'André de Bourdeille, frère aîné de notre Pierre de Bourdeille, « abbé et seigneur de Brantôme et auteur de cet ouvrage, dont ce « Le Broc étoit par conséquent arrière-petit-neveu, et c'est sans « doute par ce moyen que ce manuscrit lui étoit venu entre les « mains. Très longtemps après, l' aïa a t trouvé chez un libraire, je « ne tardai pas à m'en accommodera »
Bibliothèque de Marseille.
Ms. 1441 (Aa. 25-R.30). — Vies des grands Capitaines, livres I à III. — In-folio; 695 feuillets. Reliure en veau. (Pro- vient de l'Académie de Marseille.)
Bibliothèque de Me aux.
Mss. 104-106 (98-100). — Vies des grands Capitaines, livres I à III. — Trois volumes, in-folio; 406, 573 et 432 feuil- lets. Reliure en veau. (Provient de Saint-Faron.)
Bibliothèque de Saint-Germain-en-Laye.
Ms. 25 (E.74). — Vies des grands Capitaines, tomes III et IV, et second livre des Dames, divisé en deux volumes, con- tenant l'un les l^"" et 2® Discours, le second les 3\ 5% 8^ et 6® Discours. — Quatre volumes, in-folio; 333, 413, 358 et 265 feuillets. Reliure en veau fauve.
Bibliothèque de Tours.
Mss. 1054-1059. — Vies des grands Capitaines, en quatre
1. Voir l'Avertissement du t. XV de l'édition de 1740, pour laquelle ce ms. a été utilisé.
DES œCVRES DE BRANTÔME. 5^
livres, et deux livres des Dames.— ^[^ volumes, in-folio- 490 354, 464, 385, 287 et 507 feuillets. Reliure en veau. (Provient de Marmoutier ; acquis à la vente de Lesdiguières, à Toulouse.)
Bibliothèque de Troyes. -
Mss. 15 et \Q. — Vies des grands Capitaines, en quatre livres, et deux livres des Dames, dont le second est divisé en deux volumes. — Sept volumes, in-folio; 372, 363, 416, 271, 277, 265 et 243 feuillets. Reliure en velours noir. (Provient de la bibliothèque du président Bouhier, anc. cotes A. 39-45.)
TABLEAU GÉNÉRAL DES MANUSCRITS DES OEUVRES DE BRANTOME.
L — Grands Capitaines.
Première rédaction. — Mss. n. a. fr. 20468-20472 et 20478 (Bourdeille).
Deuxième rédaction. — Mss. français 6694 (Bignon) Troisième rédaction. ~ Mss. français 3262-3264 [moins le livre II] (Béthune).
Copies.
Collection Dupuy, n"' 609, 610, 613 et 612. Manuscrits français 3265-3268 (de Mesmes).
— 6688-6691 (Orléans-Beaujolais).
— 17445-17448 (Gesvres).
— 17455, 17450-17452 et 17456 [livre II
seul] (Séguier).
— 20675-20678 (Missions-Étrangères).
— nouv. acq. 20205 [livre I seul] (Clermoi;t-
Phillipps). Arsenal, mss. 6303-6307 (Paulmy) Mazarine, mss. 2059-2062 (Montmorency-Luxembourg). — . 2066-2067 [moins le livre III] (Minimes).
52 NOTICE SUR LES MANUSCRITS ORIGINAUX ET AUTOGRAPHES
Institut, mss. 328-331 (Moriau).
Université, mss. 357 et 358 [moins les livres III et IV]
(Gramraoïit). Bruxelles, mss. 21163-21166. Carpentras, ms. 620 [livre II seul]. IMarseille, ms. 1441 [moins le livre IV] (Académie). Meaux, mss. 104-106 [moins le livre IV] (Saint-Faron). Saint-Germain-en-Laye, ms. 25 [moins les livres I et II]. Tours, mss. 1054-1057 (Lesdiguières-Marmoutier). Troyes, m s. 15 (Bouhier).
II. — Colonels.
Première rédaction. — IMs. n. a. fr. 20473 (Bourdeille). Deuxième rédaction. -— Ms. français 3264 (Béthune).
Copies.
Collection Dupuy, n" 612. Arsenal, ms. 6308.
III. — Rodomontades.
Première rédaction. — ISIs. u. a. fr. 20479 (Bourdeille). Deuxième rédaction. — Ms. n. a. fr. 20476 (Bourdeille). Troisième rédaction. — Ms. français 3273 (Béthune). Quatrième rédaction. — Ms. n. a. fr. 20477 (BourdeiUe) et Leyde, Suppl. 772 (Marcliand, 42).
Copie. Mazarine, ms. 2068.
IV. — Discours, etc.
1» Discours sur les Duels. — Ms. n. a. fr. 20479 (Bourdeille).
2° Discours sur M. de La Noue et sur les retraites de guerre. — Mss. n. a. fr. 20476 et 20478 (Bourdeille).
3° Traduction de Lucaiu. — Ms. n. a. fr. 20477 [préface] (Bourdeille), et Leyde, Suppl. 772 (Marchand, 42).
DES OEUVRES DE BRANTOME. 53
V. — Dames, livre 7^
Première rédaction. — Ms. n. a. fr. 20474 (Bourdeille). Deuxième rédaction. — Ms. n. a. fr. 20480 (Bourdeille). Troisième rédaction. — Ms. n. a. fr. 20475 (Bourdeille). Quatrième rédaction. — Mss. français 3272, 3271 et 3270 (Béthune).
Copies des livres 1 et II.
Collection Dupuy, n°^ 611 et 608.
Manuscrits français 6692 et 6693 (Orléans-Beaujolais).
— 14343 [seconde partie du livre I].
— 17453-17454 et 17449 [livre I seul]
(Séguier).
— 20676 [livre I seul] (Missions-Étrangères).
— nouv. acq. 20205 (Glerraont-Phillipps). Arsenal, mss. 6309-6311 (Paulmy).
Mazarine, mss. 2063-2065 (Montmorency-Luxembourg).
Institut, mss. 332-333 (Moriau).
Sénat, ms. 104 (9024) [extraits du livre I].
Ville de Paris, ms. 6933 [livre I seul].
Bruxelles, mss. 21167-21169.
Carpentras, ms. 621 [livre I seul].
Ghâteaudun, ms. 538 [livre I seul].
Saint-Germain-en-Laye, ms. 25 [livre II seul].
Tours, mss. 1058 et 1059 (Lesdiguières-Marmoutier).
Troyes, ms. 16 [3 vol.] (Bouhier).
VI. — Poésies.
Ms. du D"- E. Galy, publié dans l'édition Lalanne, t. X, p. 389-502.
VIL — Maximes de guerre, d'André de Bourdeille. — Bruxelles, ms. 10418.
1. Les manuscrits originaux et autographes du second livre des Dames n'existent plus; il y en a seulement un fragment à la fin du ms. n. a. fr. 20474 (Bourdeille).
54 MANUSCRITS ET AUTOGRAPHES DES OEUVRES DE BRANTOME.
ADDENDA.
Bibliothèque du Sénat.
Ms. 104 (9024). « Extraict des discours de Monsieur de Brantosrae de Bourdeille, desquels a esté retranché diverses choses, comme aussi en ce qui est cy escri[t], il y a quelque chose adjoustê qui n'est pas aux Mémoires dudit s"" de Bour- deille. » — Extraits de treize discours, sur vingt, du livre F'" des Dames. — In-folio, ii et 43 feuillets. Couvert, parcliemin.
H. Omont.
ANTOINE DE LA SALLE
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE
ET SES
RELATIONS AVEC LA MAISON D'ANJOU.
Il est peu de personnages ayant vécu au xv" siècle qui fasse l'objet de tant de recherches et qui donne lieu à tant de publica- tions que Antoine de la Salle, l'auteur certain ou présumé du Petit Jehan de Saintré, des Quinze Joies de mariage, des Cent nouvelles nouvelles, celui que M. Gaston Paris* a dénommé « l'initiateur de la nouvelle française. » Les mémoires et travaux de MM. Gossart', Ludwig Stern'\ Bernard Prost^ Joseph Nève^ Gaston Paris ^ Petit de Julleville", Werner
1. Compte rendu de l'ouvrage de Pietro Toido, Contributo allô studio délia novella francese, dans le Journal des Savants, 1895, p. 289.
2. Antoine de la Salle, sa vie et ses œuvres inédites, dans le Bibliophile belge, 1871, p. 5-17, 45-56, 77-88. — Une deuxième édition de ce mémoire a paru en 1902 à Bruxelles, chez Lamerlin, 47 p. in-8°.
3. Versuck liber Antoine de La Sale des XV. Jahrhunderis, dans l'Archiv filr das Studium der neueren Sprachen, und Literaturen, t. XLVI, 2, p. 113-218.
4. Traité du duel judiciaire, relations de pas d'armes et tournois par Oli- vier de la Marche... Antoine de la Sale, etc. (Paris, L. "Willem, 1872, in-S").
5. Du Réconfort de Madame du Fresne, suivi de la Journée d'honneur et de prouesse et de plusieurs fragments inédits par Antoine de la Salle... (Bruxelles, F.-J. Olivier, 1881, in-8°; n' 14 des publications de la Société des bibliophiles de Belgique).
6. Compte rendu déjà cité; puis, le Paradis de la reine Sybilleel la Légende du Tannhauser, dans la Revue de Paris, n"' des 15 décembre 1897 et 15 mars 1898; articles réimprimés dans les Légendes du moyen âge (Paris, Hachette et C'% 1903), p. 67-145.
7. Histoire de la langue et de la littérature française, t. Il, p. 394-397.
56 ANTOI?fE DE LA SALLE.
Soderhjelm* et G. Raynaud-, pour ne citer que les plus récents^, ont décidément mis en vedette ce fidèle serviteur des maisons d'Anjou et de Luxembourg, éducateur de princes, écrivain fécond et érudit; ils ont dissipé une partie de l'obscurité dans laquelle sa longue existence était restée enveloppée. Cependant, on avait toujours négligé, jusque dans ces derniers temps, de demander aux archives les documents qui permettraient d'écrire sa biographie d'une façon à peu près complète.
M. Joseph Nève, le premier, y a eu recours ; mais les quelques pièces qu'il vient de publier, en réimprimant des opuscules et extraits d'œuvres d'Antoine de la Salle ^ sont loin d'être les seules qui existent dans le fonds qu'il a exploré ou fait explorer^. De plus, il n'a pas su les rattacher à l'histoire générale et mon- trer le parti qu'on en pouvait tirer pour connaître la vie de son héros. Ce sont donc quelques-unes des lacunes de son ouvrage que le présent mémoire a la prétention de combler. Je ne veux pas dissimuler en efifet qu'il restera , encore après cela, beaucoup à trouver, et j'ai l'espoir que des recherches plus étendues et plus approfondies amèneront de nouvelles et précieuses découvertes.
Antoine de la Salle est né en Provence. Dans le Réconfort de Madame du Fres7ie, il écrivit lui-même qu'il était « escuier de la conté de Provence®. » Pour qui connaît les habitudes de lan- gage du XV® siècle, il est évident que La Salle se disait originaire de ce pays.
Son père, ainsi que le témoignent les documents publiés par M. Nève et ceux qui le seront ci-après, était le fameux capitaine de routiers Bernard de la Salle ; sa mère était une concubine de
1. Antoine de la Sale et la légende de Tannhfjuser, dans les Mémoires de la Société néo-philologique à Helsingfors, t. II (1897), p. 101-167. — M. Soderh- jelm donne une bibliographie dans la note au bas des pages 102 et 103.
2. Un nouveau Manuscrit du Petit Jean de Saintré, dans la Romania, t. XXXI (1902), p. 527-556.
3. Sans compter les éditeurs des ouvrages d'Antoine de la Salle.
4. Antoine de la Salle, sa vie et ses ouvrages d'après des documents inédits, suivi du Réconfort de Madame du Fresne... (Paris, H. Champion; Bruxelles, Falk fils, 1903, m-12, 291 p.).
5. Il a donné en tout six nouveaux documents extraits des archives des Bouches-du-Rhùne. On en trouvera ici onze autres provenant des mêmes archives, sans compter ceux qui ont été trouvés à .\rles et à Avignon.
6. J. Nève, Antoine de la Salle... (1903), p. 24 et 142.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE, 57
ce dernier et s'appelait Perrinette Damendel * ; c'était certaine- ment une Provençale. Par elle, Antoine se trouva apparenté de très près aux familles méridionales Flamenc, d'Allemand, Bajon et de Bonnieux, dont les représentants figureront dans son testa- ment de 1438.
Il n'est pas utile de retracer ici toute la carrière de Bernard de la Salle ; cependant, pour l'intelligence de ce qui va suivre et pour la fixation de la date de naissance d'Antoine, il est néces- saire d'entrer dans quelques détails. Pour le surplus, je me bor- nerai à renvoyer soit à la notice que lui a consacrée M. Dur- rieu^, soit au volume en préparation qui racontera tout au long ses exploits.
Après avoir servi plus ou moins brillamment dans les armées anglo-navarraises, après avoir été en Espagne prendre part aux expéditions de Du Guesclin et du prince de Galles, Ber- nard de la Salle, originaire du diocèse d'Agen, s'était fait chef de routiers pour son propre compte, avait ravagé la Bourgogne, pris le château de Belleperche avec la duchesse de Bourbon (août 1369), occupé la ville de Figeac (1371-1373), pillé le Lan- guedoc ; finalement, il était devenu la terreur des pays sur les- quels il s'abattait. Le pape Grégoire XI, séduit par ses brillants faits d'armes, n'avait trouvé rien de mieux que de le prendre à la solde de l'Eglise romaine ; il lui avait d'abord fait faire cam- pagne contre le prince d'Orange, puis l'avait envoyé en Italie combattre ses nombreux ennemis. Ses courses dans la péninsule furent véritablement épiques et lui valurent une renommée des plus grandes. Aussi, c'est à la force et à la valeur de son bras qu'eurent recours les cardinaux qui se séparèrent d'Urbain YI, en 1378; sa victoire sur les Romains au pont Lamentano, le 16 juillet 1378, décida du grand schisme. Quelques semaines plus tard. Clément VII était élu et la chrétienté se trouvait divisée en deux obédiences. Bernard de la Salle, déjà récompensé de ses exploits par la donation des châteaux de Mornas ^ et Caderousse^, dans le comté Venaissin (il eut ensuite Oppède^\ puis Malau-
1. J. Nève, op. cit., p. 251, Pièce just. n* I.
2. Les Gascons en Italie, p. 105-171.
3. Vaucluse, arr. d'Orange, cant. de Bollène.
4. Idem, arr. et canl. d'Orange.
5. Idem, arr. d'Apt, cant. de Bonnieux.
58 ANTOINE DE LA SALLE.
cène*), resta jusqu'à sa mort fidèle à la cause de Clément VII et la défendit par les armes contre les Romains, les Florentins, les Siennois, les Pisans, etc.
Mais, dès le début de 1379 au moins, il était en même temps devenu un des fidèles partisans de la reine Jeanne I'"® de Naples ; celle-ci, le 25 mai de cette même année, lui avait, en raison de ses services, octroyé le château de Vergons en Provence-, con- fisqué sur le duc d'Andria, François de Baux^. 11 n'y a donc rien de surprenant à ce qu'il ait été, dès la première heure, un des capitaines qui se soient dévoués, avec le plus d'énergie, à la cause de Louis P'' d'Anjou, héritier de la reine Jeanne, et qui l'aient aidé de leur mieux dans la conquête du royaume de Naples. Les lettres patentes du roi René en faveur d'Antoine de la Salle, dont il sera question ci-après, nous révèlent que Bernard avait avancé au roi de Sicile, pour son expédition, trente-six raille ducats qui ne lui furent jamais remboursés^. La campagne de Louis d'Anjou, à laquelle Bernard prit une part des plus actives, se termina par des revers, par la mort du malheureux roi (20 sep- tembre 1384) et par la dispersion des troupes qui lui étaient res- tées fidèles jusqu'à la fin.
Bernard de la Salle revint à la cour pontificale d'Avignon, en passant par Sienne et par Milan, Il profita, sans doute, de son séjour en cette dernière ville ^ pour épouser une fille natu- relle de Bernabo Visconti, Ricciarda. Il était à Avignon dès le 6 mars 1385^; il resta dans cette cité ou dans les environs, sauf
1. Vaucluse, arr. d'Orange, ch.-l. de cant. —Ces seigneuries lui étaient con- cédées à titre viager; elles ne pouvaient, en aucune façon, être revendiquées par ses héritiers.
2. Basses-Alpes, arr. de Castellane, cant. d'Annot.
3. D"^ L. Barthélémy, Inventaire chronologique et analytique ries chartes de la maison de Baux, n" 1551. — Bernard de la Salle ne conserva ce château que quelques années; le 8 juin 1385, Raynnond d'Agoult en faisait hommage a Marie de Blois, mère et tutrice du roi Louis II d'Anjou (Arch. des Bouches-du-Rhône, B 762, fol. 8 V»).
4. Voir, ci-après. Document n° VIII. Cf. aussi J. Nève, op. cit., p. 265, Pièce just., n° VIII. — Cette dette avait été contractée par Louis P' d'Anjou pour la conquête de son royaume (les textes sont très explicites à ce sujet) et non, comme le croit M. Nève (p. 15), par Marie de Blois, mère et tutrice de Louis II.
5. Il était encore à Milan à la date du 20 février 1385 (Arch. du Vatican, Inlroitus et exitus, reg. 359, fol. 131 v").
6. Arch. du Vatican, même reg., fol. 137 v°.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 59
le temps d'un voyage rapide qu'il fit en Italie dans l'été de la même année, jusqu'à la fin d'août 1386. Il y fut en rapports continuels avec la veuve de l'infortuné Louis P"" d'Anjou, Marie de Blois, qui se hâtait de conquérir la Provence au nom de son fils Louis II et de lui assurer l'héritage du royaume de Naples. Il fut un de ceux en qui la reine eut le plus de confiance, puisqu'elle le chargea de diverses missions, notamment de la prise de pos- session du château de Tarascon. Bernard de la Salle ne consentit à repartir pour l'Italie qu'après la signature d'un traité, garanti par le pape, qui lui assurait, à lui et à ses compagnons, soi- xante mille florins. Il prit congé de la reine le 23 juin 1386'; auparavant, il avait dû être gratifié, en reconnaissance des services rendus par lui en Provence, du domaine du Mas- Blanc^ près de Tarascon, et de la tour de Canilhac, sur le terri- toire de Saint-Remy^, confisqués sur le fameux Raymond Roger, vicomte de Turenne^ Je ne vois guère, en effet, que cette époque qui puisse convenir à l'inféodation de ces biens, que Bernard de la Salle conserva jusqu'à la fin de sa vie^. Du printemps de 1386 date en effet la brouille de Raymond de Turenne avec Marie de Blois, Louis II d'Anjou et le pape Clément VII ; les hostilités avaient commencé presque immédiatement, précédées d'une con- fiscation générale des biens que le révolté possédait en Pro- vence^.
Bien que son concours ait été susceptible de rendre de véri-
1. Journal de Jean Le Fèvre (éd. Moranvillé), t. I, p. 285. '2. Bouches-du-Rhôiie, arr. d'Arles, cant. de Tarascon.
3. Idem, arr. d'Arles, ch.-l. de cant.
4. Le castrum de Saiicto Remigio, le castrum sive locum de Turre, le Man- sum Album sont compris dans la liste des biens confirmés par la reine Jeanne à Guillaume Roger, comte de Beaufort, le 10 juillet 1353 (Arch. des Bouches- du-Rhône, B6, fol. 90). Une nouvelle confirmation eut lieu le 13 mars 1370 (Idem, ibidem). Le vicomte de Turenne en avait fait hommage, le 8 juin 1385, à la reine Marie de Blois (Idem, B 762, fol, 30 V; Journal de Jean Le Fèvre, t. I, p. 120).
5. J. Nève, p. 251, Pièce just. n" I; ci-après, Document n" L
6. Noël Valois, La France et le grand schisme, t. II, p. 332. — M. Valois dit qu' (( on a prétendu sans fondement » que Raymond de Turenne avait eu à se plaindre d'une spoliation générale de ses terres. Il semble bien, au contraire, que cette confiscalion ait été prononcée, sinon avant, au moins aussitôt après la révolte de Raymond. — Si Jean Le Fèvre, pendant les mois qui ont précédé immédiatement le départ de Bernard de la Salle, n'avait pas quitté la reine Marie de Blois, nous aurions eu chance de trouver, dans son Journal, la con- firmation de ces faits.
60 ANTOINE DE LÀ SALLE.
tables services à la maison d'Anjou, dans la lutte engagée contre le vicomte de Turenne, Bernard quitta la ville d'Avignon pour l'Italie vers le 29 août 1386*. Il n'en revint que sur la fin de février 1390^, pour un dernier séjour sur le territoire français. Quand il repartit d'Avignon (novembre 1390)3, [{ conduisit ses troupes à Jean-Galéas Visconti, comte de Vertus, en guerre avec les Florentins et leurs alliés. Chargé d'aller au-devant de renforts ou de s'opposer au passage des Alpes par Jean III, comte d'Armagnac, il fut battu et périt dans sa défaite, dans les derniers jours de mai 1391 ^
Il laissait au moins deux enfants naturels, peut-être trois-', si le bastardus domini Bernardi de Sala, qui paraît à la date du 26mail390^ ne peut être identifié avec un autre fils. L'aîné paraît être celui qui portait le même prénom que son père et auquel Clément VII fit donner une dizaine de florins le 13 octobre 1391 ^ L'autre fut Antoine, le littérateur qui illustra son nom. Comme dans tous les documents du xv*" siècle, celui-ci représente son père en qualité de seul et unique héritier, il est à peu près cer- tain que son frère Bernard eut une existence assez courte.
D'autre part, Ricciarda Visconti restait veuve^ si, comme l'affirment les généalogistes de la maison de la Salle, elle avait donné au condottiere son seul fils légitime, celui-ci n'aurait pas
1. Arch. du Vatican, Introitus et exitus, reg. 360, fol. 135. — Ce jour-là, Bernard reçut 500 florins d'acompte sur ce qu'on lui devait, plus 100 florins pour ses préparatifs de départ et 100 florins pour acliat d'une haquenée.
2. Arch. du Vatican, Introitus et exitus, reg. 366, fol. 95 v% à la date du 25 février 1390.
3. Idem, reg. 367, fol. 58 v% 11 novembre 1390; fol. 60 v°, 13 novembre. — Le 23 décembre, un de ses serviteurs arrivait à Avignon envoyé par lui avec des leUres du comte de Vertus [Idem, fol. 80).
4. Cf. Noël Valois, op. cit., t. Il, p. 184.
5. Il y en aurait même quatre, s'il fallait accepter la date de 1380 pour une revendication exercée par un Antoine, lils de Bernard de la Salle, contre la ville de Figeac (G. Lacoste, Histoire de la province de Quercy, p. 239, note). Dans ce cas, Bernard aurait eu deux fils du même nom. Mais il est certain que cette date est fausse. Je reviendrai là-dessus plus loin.
6. Arch. du Vatican, Introitus et exitus, reg. 366, fol. 138.
7. Idem, reg. 367, fol. 206 v°.
8. M. le duc de la Salle-Rochemaure a la bienveillance de me communiquer un document, tiré de la bibliothèque Ambrosienne de Milan {Hegesto di Cata- lano de Chrislianis, fol. 17 v°), relatif à cette veuve; c'est la remise, par son frère le comte de Vertus, d'une dette de six mille florins d'or contractée par Bernard de la Salle (3 mars 1392).
NOUVEAUK DOCUMENTS SUR SA VIE. 64
eu de rapports avec Antoine, et, désintéressé par d'autres avan- tages, aurait abandonné à ses frères naturels les biens paternels sis en Provence et les créances sur la maison d'Anjou.
A la mort de son père, Antoine avait de quatre à cinq ans. Il est difficile, en effet, de préciser la date de sa naissance; lui-même, dans le prologue de son ouvrage intitulé la Salle, achevé le 20 octobre 1451, a dit qu'il était alors dans la soixante-troisième année de sa vieS ce qui indiquerait l'an 1388 comme date de son arrivée dans le monde. Faut-il ajouter qu'on ne peut avoir trop grande confiance dans les dates données par Antoine dans ses œuvres- et qu'il paraît, dans l'occurrence, s'être quelque peu rajeuni ? Son père avait quitté Avignon et la Provence en août 1386 ; Perrinette Damendel, qui resta dans le pays, comme tout le fait supposer^ ne fut mère au plus tard que dans les cinq premiers mois de 1387. A la rigueur donc, Antoine de la Salle pourrait être né en 1387, mais il est bien plus probable qu'il naquit en 1386^. Lorsque, plus tard, il écrivit son livre, il se serait trompé environ de deux ans sur son âge.
Il n'est pas interdit de croire que Perrinette Damendel et son fils aient vécu au Mas-Blanc, sur le domaine donné par la reine Marie de Blois à Bernard de la Salle, car il est avéré que cette propriété appartint à celui-ci jusqu'à sa mort. D'autre part, il
1. Gossart, dans le Bibliophile belge, 1871, p. 80 et 81; J. Nève, op. cit., p. 16.
2. M. J. Nève (p. 20) a relevé une de ses erreurs : l'an 1406, le 20 avril, avant Pâques. Or, la fêle de Pâques est tombée, en 1407, le 27 mars; en 1406, elle était le 11 avril. En voici une autre, se rapportant à un fait très important, ayant fait une forte impression sur ceux qui en furent témoins : l'attaque de Naples et la mort de l'infant don Pierre d'Aragon sont placées, par Antoine, à la fin de septembre 1437 (J. Nève, p. 226, septième chapitre de La Salle), alors qu'elles eurent lieu en octobre 1438 (voir ci-après).
3. Antoine, rappelons-le, est né en Provence.
4. Selon M. G. Paris, « Antoine de la Salle était âgé de trente-cinq ans... quand il eut l'idée, au mois de mai 1420, » d'aller visiter le mont de la Sibylle (le Paradis de la reine Sibylle, dans les Légendes du moyen âge, p. 71). Par conséquent, sa naissance aurait eu lieu en 1385. J'ignore ce qui a fait dire à M. G. Paris qu'Antoine avait trente-cinq ans en 1420. — Le Grand d'Aussy, trompé par un manuscrit de date postérieure, avait placé la naissance d'An- toine en 1398 {La Sale, dans les Notices et extraits des mss. de la Bibl. nat., t. V, p. 392); il a été suivi par Thomas Wright, éditeur des Cent nouvelles nouvelles (Paris, Jannet, 1858, 2 vol. in-16), t. I, p. xv ; par L. Stern (Ver- such, lac. cit., p. 116), qui a fait naître Antoine en Bourgogne; par Petit de JuUoviile (op. et loc. cit.), etc.
62 ANTOL^E 1)E LA SALLE.
semble résulter des lettres royales du 8 mai 1407' et surtout de celles du 7 août 1409 S que la jouissance viagère en avait été concédée à la mère d'Antoine. Par conséquent, Fenfance du futur littérateur se serait entièrement écoulée en Provence. C'est là et dans le proche voisinage dé la cité avignonaise, alors res- plendissante de toutes ses gloires malgré le schisme, que son esprit aurait reçu les premières impressions, toujours si décisives sur la formation d'un tempérament et d'un caractère, et qu'il aurait commencé ses études. « Dès le temps de sa florie jeu- nesse », il prenait l'habitude de se « delicter a lirre », sinon « a escripre histoires honnorables^ ».
Il était tout naturel qu'à l'âge d'entrer « en service », selon son expression même, Antoine de la Salle ait demandé à être attaché à cette maison d'Anjou, avec laquelle son père avait eu tant de relations et contre laquelle il avait hérité de la créance des trente-six mille ducats avancés au roi Louis V*. D'après le passage de la Salle, auquel il a été fait allusion tout à l'heure, c'est à l'âge de quatorze ans qu'il aurait commencé sa carrière^. Comme le dit son dernier historien, il fut sans doute reçu, en qualité de page, à la suite du roi de Sicile, comte de Provence. Si l'on adopte la date de 1386 ou 1387 pour celle de sa naissance, ce serait donc en 1400 ou 1401 que ce fait se serait produit. Jus- tement, le roi Louis II d'Anjou venait de rentrer en France (1399), après plusieurs années de séjour malheureux dans le royaume de Naples, qu'il n'avait pas pu ou su conserver. De 1400 à 1402, on l'a signalé, à plusieurs reprises, en Provence et à Avi- gnon, où il négociait avec le pape Benoît XIIP. C'est donc certai- nement pendant l'un de ces voyages qu'il enrôla dans sa compagnie
1. Publié par J. Nève, p. 249, Pièce just. n" I.
2. Document n° I.
3. Prologue de Rasse de Brunhamel à son roman de Floridan et Éluide, dédié à Antoine de la Salle : cf. G. Raynaud, op. cit., dans la Romania, t. XXXI, p. 534. — Sur les études philosophiques, théologiques et littéraires qu'Antoine dut faire, cf. L. Stern, op. et loc. cit., p. 116. Cependant, comme M. Stera est persuadé qu'Antoine écrivit les Cent nouvelles nouvelles et les Quinze joies de mariage, il faut établir ici des réserves.
4. On lira plus loin que cette créance lui était encore due en 1439. Il n'est pas téméraire de croire que les finances, toujours si obérées, du roi René ne purent jamais acquitter cette très grosse dette.
5. « Ou Lxm"'' an de ina vye et ou xlix= de mon premier service. » G. Noël Valois, La France et le grand schisme, t. III, p. 272 et 273.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 63
le fils de Bernard de la Salle. Il le garda très probablement auprès de lui et l'emmena à Paris, où lui-même entra dans le conseil du pauvre roi Charles VI. Antoine se serait donc trouvé en mesure de continuer à s'instruire comme il avait débuté en la "ville des papes.
Il est bien difficile de deviner ce qu'il devint pendant les pre- mières années de son service dans la maison des rois de Sicile. Se prépara-t-il à faire ses premières armes dans l'été de 1405, lorsque Louis II réunit une armée pour passer en Italie' tenter de nouvelles aventures ? Le fait est vraisemblable, mais ce n'est qu'une simple hypothèse. Il fallut cependant remettre à plus tard le début de ses exploits militaires, car l'expédition fut arrêtée avant de quitter le sol français. Profita-t-il, l'année suivante, de l'ambassade envoyée par le roi de Sicile dans le sud de l'Italie pour entrer enfin dans des pays qui exerçaient une réelle fasci- nation sur l'imagination de ses contemporains ? Ce qui le ferait croire, c'est le témoignage qu'il donne lui-même de s'être trouvé à Messine avant Pâques 1407. Si ses souvenirs ne l'ont pas trompé^ et si l'hypothèse, qui vient d'être émise, peut être consi- dérée comme juste, il aurait donc assisté aux serments de Marie d'Enghien, princesse de Tarente et de Lecce, et des habitants de Tarente, ainsi qu'aux négociations pour le mariage de la jeune princesse Marie d'Anjou avec Jean-Antoine de Baux des Ursins (juillet-août 1406)3.
A Messine, Antoine de la Salle se rencontra avec quelques gentilshommes français venant d'outre-mer, dont un chevalier de Malte, Guillaume de Chalon^ et deux chevaliers angevins, le seigneur de la Tour et Jean de Charnacé. Ce joyeux groupe prit place sur deux nefs catalanes qui allaient charger à Palerme ; le vent ayant poussé les vaisseaux près des îles Lipari, quelques- uns des passagers, dont notre littérateur, par « conseil de folle jeunesse », entreprirent d'escalader la montagne de l'île de
1. N. Valois, op. cit., t. III, p. 409.
2. La date, en effet, prête à discussion ; Antoine de la Salle a écrit l'an 1406, le 20 avril, avant Pâques (voir ci-dessus). De toute façon, c'est 1407 qu'il faut comprendre, selon notre calcul moderne.
3. D' L. Barthélémy, Inventaire... des chartes de la maison de Baux, n°' 1706 à 1712; N. Valois, t. IV, p. 117.
4. C'était le quatrième fils de Louis de Chalon, comte de Tonnerre et sei- gneur de Saint-Aignan, mort en 1398 (cf. La Chenaye-Desbois et Badier, DiC' tionnaire de la noblesse, t. V, col. 36).
64 ANTOINE DE LA SALLE.
« Boulcan* », Repoussés une première fois parles fumées des cratères, ils furent plus heureux le lendemain et atteignirent le sommet. Ils eurent, dans ces parages, d'autres aventures qui ont fait l'objet d'un chapitre^ dans l'ouvrage qu'Antoine intitula la Salade et écrivit quelque vingt-cinq ans plus tard. Nous n'insisterons pas sur ces épisodes, qui n'ont qu'un minime inté- rêt pour la biographie de notre personnage.
Le récit qu'il en a laissé dénote cependant un esprit observa- teur et le goût qu'il avait pour les voyages et les explorations ^. Cet amour des aventures le poussa- 1- il à prendre part aux croisières que Louis II d'Anjou organisa cette même année 1407 sur les côtes du royaume qui lui avait échappé^? Il est impos- sible de le savoir.
Quelques semaines après son excursion aux îles Lipari, son souverain délivrait en sa faveur les premières lettres patentes qui nous aient été conservées. Elles sont datées de Paris, 8 mai 1407. Louis II, considérant les services que lui avait déjà rendus Antoine de la Salle, ceux qu'il pourrait lui i^endre dans l'avenir et ceux de son père, Bernard, envers le roi Louis P'", lui accor- dait à lui et à ses enfants légitimes'' le domaine du Mas-Blanc et la tour de Canilhac, qui avaient appartenu à Bernard; s'il décé- dait sans enfants, la jouissance viagère en serait assurée à sa mère Perrinette Damendel^ L'ensemble des documents que l'on possède sur le même sujet autorise à penser que la faveur du roi consista à prolonger, jusqu'à la fin de l'existence d'Antoine et de ses enfants, une jouissance déjà concédée à titre viager à Bernard de la Salle et à sa concubine.
1. C'est aujourd'hui l'île Vulcano.
2. Publié par J. Nève, p. 159.
3. Peut-être a-t-il fait, à uae époque que l'on ignore, un voyage en Angleterre. Voici le passage, tiré Des anciens tournois, qui pourrait le faire supposer : « Et cesle coustume de blasonner ay veu que aucunement se entretenoit par aucuns seigneurs et nobles et par aucunes dames et damoiselles en Englelerre, qui sont les plus seremonieuses gens en honneurs que je aye gaires veu. » (Éd. Prost, p. 197.)
4. N. Valois, t. IV, p. 118.
5. L'expression : suis [filiis] natis jamvelin antea nascituris pourrait faire su|)poser qu'Antoine avait déjà, à cette date, des enfants légitimes et que, par conséquent, il était marié. Mais ce n'est qu'une formule de style, dépourvue d'une signification aussi précise.
G. J. Nève, Pièce just. n" J.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 65
L'acte qui vient d'être analysé n'indique pas si Antoine était, au 8 mai 1407, dans l'entourage immédiat de son roi ou ailleurs. On ignore également ce qu'il devint dans le courant de l'année suivante, mais c'est peut-être à cette date qu'il faut placer son premier voyage connu dans les Flandres. Dans son traité : Des anciens touymois et faictz d'armes, achevé le 4 janvier 1459, il écrivit qu'au temps de sa jeunesse, il « tournoia » par deux fois, « l'une à Bruxelles, au temps de feu monseigneur le duc Anthoine de Brabant, il y a plus de l ans, ou furent plus de v*^ heaumes de deux lez, au rapport des heraulx* » ; la seconde fois à Gand, mais plus tard et pendant un second voyage. La date de 1407-1408 concorderait très bien avec les souvenirs de notre personnage. De bonne heure, en effet, il témoignait d'une curiosité très prononcée pour les belles passes d'armes ; ignorant de beaucoup de choses « par sa jonesse, acompaignié de sim- plesse », il s'étudiait à acquérir cette science des armoiries et des tournois, où il devint plus tard un maître.
Il est absolument certain qu'il rallia l'escorte de son souve- rain, lorsque celui-ci, dans l'espoir de regagner une partie déjà perdue, répondit à l'appel de la ligue florentine et des cardinaux réunis en concile à Pise pour l'extinction du schisme. Parti de Marseille dans les premiers jours de juillet 1409, Louis II arriva à Pise le 25 du même mois et s'empressa d'obtenir du nouveau pape, Alexandre V, l'investiture du royaume de Sicile (19 aoiit)^ Or, douze jours auparavant, il avait donné une seconde fois des témoignages de sa bienveillance pour son fidèle Antoine de la Salle, en répondant favorablement à une supplique à lui présentée récemment [noviter) par le jeune écuyer. Il lui concédait alors, en toute propriété et non plus seulement en simple jouissance viagère, pour lui et pour ses héritiers, la tour de Ganilhac et le Mas-Blanc; Antoine ne pourrait cependant en disposer qu'après la mort de sa mère, ce qui prouve que celle-ci avait des droits d'usufruit à faire valoir sur les mêmes biens. Ces lettres patentes furent signifiées par le sénéchal de Provence aux officiers royaux de Tarascon et de Saint-Remy, le 30 septembre de la même année^.
1. B. Prost, op. cit., p. 207.
2. N. Valois, t. IV, p. 120.
3. Document, n° I. — Il m'a été impossible de découvrir si ces domaines ont été conservés par Antoine de la Salle, ou si, au contraire, après la mort
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Se trouvant à Pise avec Louis II d'Anjou, Antoine de la Salle fit partie de son corps d'expédition. L'armée angevine se mit en route le 7 septembre, passa par Sienne, fit sa jonction avec les troupes florentines à Chiusi, soumit à Alexandre V Orvieto, Viterbe et toutes les places de l'Eglise dont elle expul- sait les partisans de Ladislas, roi de Hongrie et de Naples, et prit possession de Rome le l'"' octobre 1409. Malheureusement, ses succès s'arrêtèrent là, des difficultés se présentèrent, l'armée se disloqua en partie et Louis II dut se rembarquer pour la Pro- vence (novembre) afin de se procurer de nouveaux contingents. Son lieutenant, Tanneguy du Chàtel', continua cependant la campagne à Rome et dans les environs, pendant que lui-même courait à Paris et à Angers, passait des traités et préparait une dernière expédition.
On sait que, le 9 mai 1410, il débarquait encore à Pise, et qu'après avoir erré péniblement en Italie, où les défections ne se comptaient plus, il était venu échouer à Rome (20 septembre). Son séjour se prolongea plusieurs mois dans la Ville éternelle ; quand il se remit eu campagne, à la fin d'avril 1411, ce fut dans les meilleures conditions. Mais sa mollesse, son incapacité, la trahison de ses lieutenants l'empêchèrent de profiter de la victoire qu'il remporta à Roccasecca sur son adversaire le roi Ladislas (19 mai) ; il rentra à Rome, d'où il fut obligé de partir quelques semaines après, abandonnant définitivement ses projets. Il reprit la mer au mois d'août et regagna la Provence (sep- tembre), sans jamais plus vouloir tenter la fortune^
Si j'ai raconté aussi longuement cette double expédition de Louis II en Italie, c'est que Antoine de la Salle, tenu par sa situation de suivre son souverain, surtout à la guerre, s'y trou- vait présent. On l'a déjà vu à Pise, auprès du roi de Sicile, au mois d'août 1409. Plus tard, il écrira lui-même une relation sommaire de la campagne, où il se représentera comme témoin
de sa mère, il les a vendus, comme il a fait des autres immeubles à lui con- cédés par les rois de Sicile. Tout ce que j'ai appris, c'est qu'en 1555, une Marthe de Poitevin apporta en dot à Jean de Léautaud le Mas-Blanc et la tour de Canilhac, et que la famille de Léautaud en devint ainsi propriétaire (Arte-- feuil. Histoire héroïque de la noblesse de Provence, t. Il, p. 73).
1. Qui fut, plus tard, prévôt de Paris, sénéchal de Beaucaire et enfin grand- sénéchal de Provence. Il assistera à Fargues, en 1433, aux accords passés entre Antoine de la Salle au nom de Luquin Ricci et le cardinal de Foix.
2. Sur toute celle campagne, cf. N. Valois, t. IV, p. 123 à 142.
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oculaire. Après avoir énuméré les troupes de Ladislas, attendant dans la plaine de Roccasecca la rencontre de l'ennemi, il ajoutera que ce vc fust une des plus belles choses que jamais je veis. » Il relèvera encore le nom des prisonniers faits par les vainqueurs, mais en ayant soin de dire que le nombre en fut si grand qu'il n'a pas conservé la mémoire de tous. Il consignera enfin, dans son récit sur les relations de Ladislas avec Paul Orsini, un des capitaines de l'armée angevine, des renseignements tout particu- liers, que seul un témoin put posséder*.
Il est évident qu'il dut rentrer, lui aussi, en Provence au mois de septembre 1411; on ignore ce qu'il y devint et s'il suivit Louis II à Paris. D'ailleurs, la résolution adoptée par ce dernier de ne plus affronter les hasards des combats laissa à ses compagnons d'armes des loisirs qui pesèrent à plus d'un. Antoine de la Salle fut un de ceux qui ne purent se résigner à vivre dans l'oisiveté des cours, et le goût des aventures qu'il tenait de son père le fit s'engager dans une nouvelle expédition lointaine, dont il nous a conservé lui-même la mémoire.
Avant de partir cependant, il régla, avec la ville de Figeac, une question qui, depuis de longues années, était en suspens. On se souvient que son père, avec le concours de Bertucat d'Albret, s'était emparé de cette place forte le 14 octobre 1371; c'était même sur la brèche, ouverte par lui, que Bernard de la Salle avait été armé chevalier^ Les deux chefs de routiers n'avaient consenti à évacuer la ville et les forteresses voisines qu'après la signature d'un traité, par lequel les Etats des Montagnes d'Au- vergne, du Quercy et du Rouergue s'engageaient à leur verser cent vingt mille francs d'or^. Moyennant ce, ils avaient promis de laisser en paix le pays pendant un an et demi à partir du pre- mier jour du carême de 1373. Cependant, au mois de mai sui- vant, ils avaient encore obligé les habitants de Figeac à contrac- ter, en leur faveur, une obligation de trois mille francs d'or, pour rentrer en possession de leur ville^, puis ils les avaient con- traints, le 24 juillet 1373, à prêter serment de fidélité au roi
1. Geneallogies et cronicques abrégées du royaume de Sicile, dans la Salade (ms. 18210-15 de la Bibliothèque royale de Bruxelles), fol. clxxvii et clxxviii.
2. Durrieu, op. cit., p. 122-123.
3. Bibl. nat., coll. Doat, t. 125, fol. 45 v» et suiv.
4. Idem, ibidem, fol. 61.
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d'Angleterre*. N'ayant plus rien à espérer, ils s'étaient enfin décidés à partir (3 août 1373) ^ ne laissant que la dévastation derrière eux. A peine s'étaient-ils éloignés que les habitants de Figeac avaient refusé, surtout à cause de toutes les pilleries dont les gens de Bernard et Bertucat s'étaient rendus coupables, de solder ce qu'ils restaient devoir. Un procès s'en était suivi; il avait été porté en cour romaine, par devant le pape d'Avignon^. « Les deux parties furent mises hors de cour et de procès, écrit l'historien du Quercy qui nous rapporte ce fait. Peu satisfait de cette sentence, Antoine de la Salle attaqua les habitants de Figeac par voie d'appel, mais, en 1414, on renonça de part et d'autre à toute poursuite^ » Il y eut sans doute à cette occasion une transaction dont le texte n'est pas parvenu jusqu'à nous.
« En l'an de Nostre Seigneur mil quatre cens et quinze, le très excellent prince, dit le bon Jehan, premier de cellui nom, roy de Portugal..., ayant, par la grâce de Nostre Seigneur, de Nostre Dame et de messeigneurs S. Jacques et S. George, emprins la sainte et chevalleureuse concqueste de la cité de Cepte [Ceuta], es parties des Auffricques et des Sarrasins, » Antoine de la Salle trouva une merveilleuse occasion d'assister à de beaux faits d'armes et de satisfaire son humeur vagabonde. Il prit, dit-il, <.< la place a ung bon et vaillant homme » et assista à « la plus [grande] partie des choses » qui s'accomphrent alors ^. Il s'y ren-
1. Bibl. nat., coll. Doat, l. 125, fol. 94.
2. Idem, ibidem, fol. 98 v°.
3. Idem, ibidem, fol. 97 : articles baillés en cour d« Rome par les gens de Figeac contre Bernard de la Salle et Bertucat d'Albrel. La date n'est pas don- née, mais il ressort du texte que plusieurs années se sont écoulées depuis l'éva- cuation de Figeac (3 août 1373). Il serait peut-être possible de voir dans cet acte la pièce de 1380 à laquelle Fouilhac, puis G. Lacoste {Histoire de la pro- vince de Quercy, t. III, p. 239, note) font allusion. Mais ils ])rétendenl que c'est Antoine, fils de Bernard, qui poursuivait alors le procès. C'est certaine- ment une erreur, car, en 1380, Bernard était bien vivant et très capable de se défendre, surtout auprès de la cour pontificale d'Avignon. Mais il se peut bien encore que Fouilhac et Lacoste se soient trompés sur la date, qui devait être écrite M CGC llllxx..., les derniers chiffres n'étant pas marqués; l'acte serait de 1381 à 1400. Après 1391, c'était bien Antoine ou son tuteur qui poursuivait les revendications de son père défunt. Si donc son nom doit être conservé, la véritable date serait comprise entre l'été de 1391 et 1400.
4. G. Lacoste, op. et loc. cit.
5. Deuxième partie du Réconfort de Madame du Fresne : cf. l'édition de Nève, p. 141 et suiv.
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contra avec un certain nombre de chevaliers et écuyers, picards ou normands, qui ne prévoyaient sans doute pas que leur pré- sence allait devenir beaucoup plus utile dans leur pays, pour repousser l'invasion des Anglais, que dans les rangs de l'armée portugaise. Il n'est pas utile de raconter ici en détail cette expé- dition, dont le récit a déjà été fait*. Qu'il suffise" de savoir que la principale action eut lieu dans le courant du mois d'août 1415 : l'armée, débarquée devant Ceuta, Antoine de la Salle faisant partie de l'avant-garde sous le commandement de l'infant don Pierre, mit en déroute les Maures, qui l'attendaient sur le rivage, et, dans son ardeur à les poursuivre, pénétra avec eux dans la ville de Ceuta, où « fut fiere bataille ». C'est là que se passa l'épisode qui fait le sujet de la seconde partie du Réconfort. C'est là que périt Vasco Fernandez de Taide, victime de son dévouement pour son élève l'infant don Henri, troisième fils du roi. Le retour en Portugal, après cette brillante victoire, eut lieu au milieu des plus grands transports de joie; l'allégresse fut cependant assombrie par le deuil que l'on portait du vaillant chevalier, dont on ne cessait de pleurer la perte.
Après cette expédition, nous nous trouvons encore devant une lacune de plusieurs années dans la biographie d'Antoine de la Salle. C'est pourtant aux environs des années 1415-1416 que l'on doit placer la date de son second voyage dans les Flandres ; il nous a conté lui-même qu'il prit part au tournoi que le comte de Charolais, Philippe, plus tard duc de Bourgogne, fit faire à Gand à l'occasion du mariage de son premier écuyer d'écurie Antoine de Villers^. Malgré mes recherches, je n'ai pu fixer la date exacte de ces fêtes.
Les rapports que Antoine de la Salle eut, à cette occasion, avec la maison de Bourgogne m'amènent à parler d'un texte, signalé récemment^ d'après un manuscrit mis au point après 1426, où un personnage du même nom, qualifié « d'escuier d'escuierie de Jehan, duc de Bourgoingne, » est. cité parmi les écuyers d'hon- neur de la Cour amoureuse de Charles VI. Cette mention serait antérieure au 10 septembre 1419, date de l'assassinat de Jean sans Peur au pont de Montereau. Faut-il croire à L'existence
1. De Septenville, L'Expédition de Ceuta en lil5 (Fécamp, 1870, iii-8°).
2. Des anciens tournois..., éd. B. Prost, p. 204 et 207.
3. Arthur Piaget, Un manuscrit de la a Cour amoureuse de Charles VI », dans la Romania, t. XXXI (1902), p. 602.
70 ANTOINE DE LA SALLE.
d'un deuxième Antoine de la Salle à cette même date ? Ou plutôt ne faudrait-il pas admettre une erreur du rédacteur du manus- crit, aucun acte ne permettant de supposer un instant que le fidèle serviteur de la maison d'Anjou ait passé presque à l'en- nemi en entrant, à cette époque, au service du duc de Bour- gogne'? Cette seconde hypothèse paraît de beaucoup la plus vraisemblable.
Le roi Louis II étant décédé au château d'Angers le 30 avril 1417^ Antoine de la Salle fut attaché à la personne de son fils et héritier le roi Louis III, avec le titre d'écuyer de son écurie^. Une modification dut s'opérer alors dans son genre de vie; eu effet, un des premiers actes de la reine-mère Yolande d'Aragon, tutrice de Louis III, fut de réformer la maison royale et de défendre que les gens de l'hôtel y fussent nourris et logés ^ C'était s'engager à leur assurer une compensation par ailleurs. Il semble bien que c'est en conséquence de cette réforme que de nouvelles lettres patentes furent expédiées d'Angers par Yolande d'Aragon en faveur d'Antoine de la Salle le 20 décembre 1418. Par cet acte, la reine, considérant les agréables services rendus à son mari par son fidèle Antoine et ceux qu'il lui rendait à elle con- tinuellement, lui donna comme récompense et en toute propriété, pour lui et ses héritiers, une maison sise à Arles, proche le tribu- nal royal de cette ville. En retour, elle lui imposa l'obligation de payer à sa cour, le l""" mai de chaque année, comme cens dû au suzerain, un chapeau de roses^ gracieuse redevance qui ne ris- quait pas de grever lourdement le budget du bénéficiaire de la donation. Antoine ne resta pas longtemps propriétaire de la mai- son ainsi octroyée; après en avoir pris possession, le 18 février 1419^ il la rétrocéda, le 16 du mois suivant, à noble Jean Romée, d'Arles. L'acte, qui fut rédigé en cette circonstance, porte qu'il la
1. On pourrait répondre à cela qu'en 1148 Antoine de la Salie quitta bien la maison d'Anjou pour suivre le comte de Saint-Pol auprès du duc de Bourgogne, mais les conditions étaient alors bien changées. Ennemies acharnées avant le traité d'Arras, les deux cours avaient ensuite fait la paix et se trouvaient dans de bonnes relations.
2. A. Tuetey, Journal d'un bourgeois de Paris, p. 76, n. 3. — Le 20 avril 1417, selon A. Lecoy de la Marche, Le Roi René, t. 1, p. 33.
3. Cf. Document n° II.
4. A. Lecoy de la Marche, Le Roi René, t. I, p. 37.
5. Document n" II.
6. Voir le document n° III.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 7^
remitlui-même enpur don, pour reconnaître les bienfaits, services et donations de Jean Roraée'; mais la confirmation de propriété que réclama ce dernier au roi Louis III, le 5 septembre 1424, indique qu'il y eut vente réelle 2. Les concessions d'immeubles que les rois de Sicile faisaient à leurs serviteurs étaient donc pour ceux-ci un moyen de battre monnaie. On en aura encore la preuve plus loin, à l'occasion d'autres lettres patentes obtenues par Antoine de la Salle^^.
Un nouvel avantage lui fut constitué le 26 novembre 1422 : la même Yolande d'Aragon, gouvernante des Etats de son fils absent, en récompense de ses services incessants en la maison d' Anjou ^ lui accorda une pension annuelle de cent cinquante florins à prendre, le jour de Pâques, sur les revenus de la vieille gabelle d'Hyères^ Cette pension pouvait donc parfaitement lui tenir lieu du vivre et du couvert qu'il avait autrefois avec Louis II. Dans les lettres patentes de 1422, Antoine de la Salle est qualifié d'écuyer et de familier du roi Louis III. Il n'est donc pas téméraire d'affir- mer qu'il avait accompagné son souverain, lorsque celui-ci, résolu à faire valoir ses droits sur le royaume de Naples, s'était embarqué pour l'Italie (24 juillet 1420). On est d'autant plus auto- risé à maintenir cette affirmation qu'on sait par divers témoignages, entre autres par celui d'Antoine, qu'il se trouvait en Italie en 1420, 1422, 1423 et 1425. Même, si sa mémoire lui a conservé le souvenir fidèle des dates, il aurait devancé en Italie le roi Louis III : c'est au 18 mai 1420 qu'il rapporte dans ses œuvres son excursion au Monte délia Sibilla, qui, avec le Lac de Pilate, l'avait déjà intrigué, lors de ses précédents séjours dans la péninsule. On sait que ce mont des Apennins, célèbre dans la littérature, se trouve dans l'Ombrie, non loin de Spolète, entre
1. Document u" III.
2. Archives des Bouches-du-Rhôiie, B 14, fol. 241 v°.
3. Il est assez intéressant de suivre le sort de cette maison, qui était passée par les mains d'Antoine de la Salle. Jean Roraée la conserva toute sa vie; il la transmit à son petit-tils, Jeannet Romée, fils d'Etienne. Celui-ci l'échungea, le 15 mai 1446 [l'acte qui nous transmet ce détail porte, par erreur, 1456], avec Géraud Page, jardinier, et Jean Plane. Ceux-ci la revendirent le lendemain pour soixante-dix florins, à Jean de Sathenay, bachelier es lois d'Arles (Arch. des Bouches-du-Rhône, B 14, fol. 242).
4. Ce qui écarte toute hypothèse du passage d'Antoine dans la maison de Bourgogne.
5. J. Nève, p. 252, Pièce just. n° II.
72 ANTOINE DE LA SALLE.
Norcia et Ascoli ; il passait pour contenir dans ses flancs le Para- dis enchanté de la reine Sibjlle, lieu de délices et de voluptés interdit à tout bon chrétien.
Antoine delà Salle a raconté, avec force détails, son ascension, son entrée dans la grotte, vestibule du Paradis, sur les parois de laquelle il a gravé lui-même son nom et sa devise'; il a recueilli reUgieusement tout ce qu'il a entendu dire au sujet de la Sibjlle et des chevaliers qui se sont aventurés dans son royaume, il a noté toutes ses observations personnelles, il a même relevé la carte du pays, etc. Je ne le suivrai pas dans le récit de son expé- ditionS qui a donné lieu aux études si intéressantes de MM. Wer- ner Soderhjelm et Gaston Paris sur le Paradis de la reine Sibylle et la légende du Tannhauser. Aussi bien, je ne cherche ici qu'à fixer la biographie de l'auteur de la Salade. Il suffit donc d'avoir relevé sa présence en Ombrie et près de la Marche d'Ancône^ au mois de mai 1420.
Il commençait à cette époque son troisième séjour en Italie. Celui-ci fut de plus longue durée que les précédents, car le roi Louis m, malheureux dans les débuts de sa lutte contre la reine Jeanne II, sœur et héritière de Ladislas, et contre Alphonse V d'Aragon, son fils adoptif, finit, à la suite d'un concours mer- veilleux de circonstances, par s'implanter dans le pays et par se faire reconnaître comme roi légitime. Il avait eu d'ailleurs, dès le premier jour, l'appui du pape Martin V, dont il reçut d'abord l'investiture et auprès duquel, au milieu de ses embarras, il allait souvent chercher secours et protection ^ C'est certaine- ment pendant un de ces voyages à Rome qu'Antoine de la Salle,
1. « Il convient. La Sale. » C'est exactement ce qu'il a écrit sur un feuillet de garde d'un manuscrit de Cassiodore, qui se trouve aujourd'hui à la biblio- thèque de Carpentras et qui, par conséquent, a appartenu à notre littérateur. Voir l'Appendice.
2. Il constitue un chapitre de l'ouvrage intitulé /a Salade, qui a été publié pour la première fois sans date, puis par Philippe le Noir à Paris en 1527. Le texte en a été redonné d'après le ms. 18210-15 de la Bibliothèque royale de Bruxelles par W. Soderhjelm, loc. cit., p. 108. M. J. Nève l'a réédité, p. 173. — Une analyse en avait été aussi donnée par Kervyn de Lettenhove, La Dernière Sibylle, dans les Bulletins de l'Académie royale de Belgique, 2" série, t. XIII (1862), p. 405.
3. Il a fait son ascension du Monte délia Sibilla par le versant adriatique.
4. Cf. Papon, Histoire générale de Provence, t. III, p. 327 à 330.
NODVEACX DOCUMENTS SUR SA VIE. 73
écuyer du roi et comme tel faisant partie de son escorte*, fit, en 1422, la rencontre dont il a consigné le souvenir après le récit de son excursion au mont de la Sibylle. C'étaient les ambassa- deurs du roi d'Angleterre, c'est-à-dire l'évêque de Senlis^ Gau- cher de Ruppe, chevalier barrois, ami de notre personnage, et d'autres gentilshommes bourguignons, « qui avôient ouy comp- ter que j'avois esté devers la Sibile ». Gaucher de Ruppe, étant sans nouvelles d'un de ses grands-oncles disparus, supposait qu'il était entré dans la fameuse grotte et désirait par conséquent apprendre d'Antoine de la Salle si le fait était vrai. Antoine se défendit énergiquement d'avoir eu une fréquentation aussi impie et répondit à son interlocuteur « qu'il estoit mal informé, et que ce n'estoit que faulce foy et créance a tous ceulx qui foy y adjousteront et que ilz se partoient du chemin de la vérité, et en ce vueil vivre et flner mes jours ^. »
Un coup de fortune pour Louis III fut son adoption par la reine Jeanne, qui mettait fin à toute querelle entre les deux com- pétiteurs; mais, par contre, elle déchaîna la colère d'Alphonse d'Aragon, dont l'adoption précédente était révoquée pour cause de rébellion et d'ingratitude (2 juin 1423)^.
La première entrevue de la reine et de Louis eut lieu à Aversa, dont les Angevins avaient fait précédemment leur place d'armes : c'est là que, le 1*"' septembre 1423, en présence des cheva- liers et suivants de Louis III, en présence notamment d'Antoine de la Salle ^ fut signé le premier traité qui ratifiait l'adoption proclamée quelques semaines auparavant''. On assistait donc, enfin, au triomphe de la dynastie angevine. Cependant, l'évé- nement dont on avait lieu de se réjouir ne termina pas toutes les difficultés. Il fallait expulser du roj^aume Alphonse V avec ses Aragonais et Catalans, et surtout prévenir les trahisons qui, jus-
1. Il dit lui-même qu'il était alors « en la compaignie et service de très hault et excellent prince, mon souverain seigneur, le tiers Loys, roy de Sicille » (J. Nève, p. 216).
2. Pierre de Chissey, élu le 23 juin 1418 et mort au mois de novembre de cette même année 1422.
3. Éd. J. Nève, p. 216-218.
4. Papon, op. cit., t. III, p. 330 et 331.
5. Pithon-Curt, Histoire de la noblesse (ÏAvignoit et du comté Venaissin, t. III, p. 218; article réimprimé par J. Nève, p. 273.
6. Papon, op. cit., t. III, p. 332. — Il y eut un second traité passé le 14 sep- tembre 1423 à Aversa (Lecoy de la Marche, 0}). cit., t. II, p. 213).
74 ANTOIIVE DE LA SALLE.
qu'ici, avaient toujours arrêté dans leurs succès le père et l'aïeul de Louis III. C'est une besogne à laquelle se consacra avec ardeur le fils adoptif de la reine Jeanne, jusqu'à ce qu'il fût rappelé en France par son cousin, Charles VII, pour l'aider dans sa lutte contre les Anglais. Son retour dut avoir lieu au plus tôt en juin 1427 ^ Il est très vraisemblable qu'Antoine de la Salle, qui était resté à peu près constamment dans le sillage de son souverain , l'accompagna lorsque celui-ci quitta l'Ita- lie. Nous savons, d'ailleurs, qu'en 1425 ^ il l'avait suivi dans une excursion de plaisir à Pouzzoles, dont il décrivit la Solfatare et les bains antiques. C'est là qu'il fut témoin de l'admirable conduite de cette épouse « moult belle et de flouries vertus », qui soignait, comme « ung enfant nouvellement nay », son mari, « ung gentilhomme des bonnes lignées de Napples qui moult estoit lépreux ». Il fit même cette observation que c'était le second lépreux qu'il voyait dans le pays, bien qu'il y ait résidé « par très longue espasse^ ». Assurément, en France, il avait eu l'occasion d'en rencontrer bien davantage.
Avant de quitter le sol de l'Italie, il avait reçu un nouveau témoignage de la bienveillance de son roi. Le 4 juin 1427, en la ville d'Aversa, Louis III gratifia Antoine, à qui il donnait les titres d'écuyer de sou écurie, de conseiller et de fidèle aimé, d'une somme de quinze cents florins, monnaie de Provence, à prélever sur les droits et revenus du château de Séderon^, qui avait appartenu à Alix de Baux, comtesse d'Avellino, vicomtesse de Turenne, dame des Baux, etc.^ Ce domaine et tous les autres
1. La date n'esl pas encore connue d'une façon précise; un texte publié par M. Lecoy de la Marche, op. cit., t. I, p. 50, n. 3, i)rouve que, le 17 décembre 1426, Louis III se préoccupait d'obtenir de l'argent pour solder les frais de son retour. D'autre part, la Pièce just. n» III de M. Nove (p. 253) montre que le 4 juin 1427 il était encore à Aversa.
2. « Estant au service du très excellent et illustre prince monseigneur Loys, IIP d'icelluy nom, roy de Secille. »
3. Chapitre vin de La Salle, publié par Legrand d'Auspy, Notices et extraits..., t. V, p. 394, et par J. Nôve, p. 239.
4. Drôme, arr. de Nyons, ch.-l. de cant.
5. J. Nève, p. 253, Pièce just. n" III. — Séderon, chose curieuse, avait, comme le Mas-Blunc, appartenu autrefois à Guillaume Roger, vicomte de Turenne, qui en avait fait hommage à la reine Marie de Blois le 27 juin 1385 (Arch. des Bouches-du-Rhône, B762, fol. 48 v»). — Précédemment, le roi Louis de Tarente, mari de la reine Jeanne P% l'avait donné (2 mai 1349) à Geoffroy de Lascaris {Idem, B3, fol. 109).
NOUVEADX DOCUMENTS SUR SA VIE. 75
biens de la même dame avaient été confisqués par droit d'au- baine et réunis au domaine comtal de Provence après la mort d'Alix S et ce malgré le testament qu'elle avait pris soin de rédi- ger le 7 octobre 1426 ^ En dépit des protestations des intéressés, ils ne furent jamais rendus aux héritiers lésés. On lira, dans la suite de ce récit, que Séderon, dont les revenus furent ainsi gre- vés d'une sorte d'hypothèque en faveur d'Antoine de la Salle, finit par rester entre ses mains.
La donation du 4 juin 1427 venait à point pour le récompenser de ses services en Italie et l'indemniser en quelque façon de ses peines et fatigues.
Le voici donc rentré de nouveau en France avec Louis III. La fin de l'année 1427 et toute l'année 1428 s'écoulent sans laisser aucun souvenir de lui. Mais, dès les premiers mois de 1429, il rentre en scène en prenant possession de la charge de viguier d'Arles, que venait de lui concéder son souverain 3. La cérémonie de son intronisation^ eut lieu le 28 mai de cette année, à l'heure de tierce; il présida aussitôt après le conseil de la ville, qui avait à pourvoir à la nomination des officiers^. Les fonctions qu'il eut à exercer pendant une année (les viguiers étaient renouvelés tous les ans) étaient une délégation du pou- voir central et faisaient de lui le représentant direct et perma- nent du souverain, non seulement dans la ville, mais encore dans toute la circonscription de sa viguerie. En cette qualité, il était le chef de la justice, rendait des ordonnances, faisait des procla- mations, ce qu'on appelait des bans; il devait, d'autre part, assurer la sécurité de la ville et la défendre contre les attaques des ennemis du dehors; également chef de l'administration, il donnait aux syndics et conseillers de la ville l'autorisation de se réunir, recevait leur serment de fidélité au roi, présidait leurs séances, transmettait leurs réclamations, plaintes ou doléances, etc. Sa présence était donc requise d'une façon à peu près per-
1. Cf. H. Bouche, Histoire chronologique de Provence, t. II, p. 449.
2. D^ L. Barthélémy, Inventaire déjà cité, n" 1780. — Le 12 octobre 1426, Alix (les Baux était déjà morte. Cf. Idem, ibidem, a" 1781.
3. Son prédécesseur s'appelait Jean Dupuis.
4. Voir la description du cérémonial donnée au xvin" siècle par l'abbé Bonnemant et publiée par J. Nève, p. 255, Pièce just. n° IV.
5. Arch. mun. d'Arles, BB 1, fol. 86. — Publié en partie par J. Nève, p. 258, Pièce just. n" V.
76 ANTOIiXE DE LA SALLE.
manente dans la ville, à tout le moins dans la viguerie ; avait-il à s'absenter, il devait laisser à sa place un lieutenant, à qui il déléguait tous ses pouvoirs. C'est ainsi qu'il eut pour lieutenant Jean de Rognac, pour le temps où il fut appelé hors d'Arles. Il est d'ailleurs à remarquer que ce fut surtout pendant les premiers mois qu'il fut absent : parti entre le 5^ et le 19 juin^, il ne rentra en Arles que pour la séance du conseil, qui eut lieu le 9 octobre'' ; il quitta encore la ville à la fin du même mois, mais, à partir du 27 janvier 1430'' jusqu'à la fin de ses fonctions, il resta à son poste, présidant régulièrement les assemblées municipales'.
En dehors des affaires juridiques et contentieuses soumises à sonjugement^ en dehors des détails d'administration courante', deux préoccupations s'imposèrent surtout pendant cette année à l'esprit du viguier : la salubrité publique et la défense du pays contre les Catalans. Quand Antoine reçut son office et en com- mença l'exercice, la peste régnait en Arles avec une violence toute particulière et la misère était grande dans la ville : les con- seillers avaient pris soin de le faire remarquer au vice-roi et au Grand Conseil de Provence dès le 17 mai 1429^ Ils craignaient aussi une invasion des Catalans, qui, depuis le sac de Marseille en 1423 ^ venaient, au nom de leur souverain, Alphonse V d'Ara-
1. Il présida la séance municipale de ce jour, la première après sou iutroiii- salion (Arch. mun. d'Arles, BB 1, fol. 87 \°).
2. Séance non présidée par lui {Idem, ibidem, fol. 88).
3. Idem, ibidem, fol. 9G. — Il présida encore les réunions des 16 (fol. 96 v), 21 (fol. 97), 23 (fol. 98) et 25 octobre (fol. 98 v").
4. La séance du 2 novembre eut lieu sur mandement de son lieutenant (fol. 99).
5. Idetn, ibidem, fol. 106 v°. — Les séances des 29 janvier (fol. 107 v), 3 février (fol. 108), 8 février (fol. 108 v°), 19 février (fol. 109), 28 février (fol. 109 v), 5 mars (fol. 110), etc., ont été présidées par lui.
6. Quelques-unes sont indiquées dans les délibérations des 28 février et 5 mars 1430.
7. Une des affaires les plus importantes qui s'imposèrent à l'atlention d'An- toine de la Salle concerna les pâturages de la commune d'Arles en Grau, pour la visite desquels il dut effectuer jusqu'à dix voyages. Le principal eut lieu au milieu du mois de mars 1430. Antoine le fit avec le gouverneur de Provence et un nombreux personnel, dont l'entretien était à la charge des syndics d'Arles (Arch. mun. d'Arles, CC 147, fol. 12 v°, 13 et 14). Le viguier recul cinquante florins pour ses déplacements (Idem, ibidem, fol. 17 V).
8. Arch. mun. d'Arles, BBl, fol. 84 v°. Cf. aussi les Annales d'Arles, par l'abbé Bonnemant (ms. 216 de la Bibl. d'Arles), à cette date.
9. Pa|)on, op. cit., t. III, p. 332 à 335. — On ne conclut de trêve avec les Aragonais (|u'au mois de mai 1431 [Idem, ibidem, p. 338).
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. - 77
gon, le compétiteur de Louis III au trône de Naples, ravager les côtes de la Provence ; ils demandaient instamment l'envoi de gens armés et d'arbalétriers ^
Pour la peste, du temps d'Antoine de la Salle, on ne fit rien de plus que ce que l'on faisait d'habitude en pareil cas : l'isolement des malades, la fumigation des maisons infectées, les grands feux allumés dans les rues étaient surtout les remèdes usités. Cependant, le 3 juillet, le conseil de ville se décidait en plus à invoquer le secours de la Vierge pour obtenir la fin de la conta- gion et ordonnait de célébrer un trentenaire de messes en la cathédrale de Saint-Trophime^. Faut-il croire que cette épidémie fut une raison de l'absence prolongée d'Antoine de la Salle à cette époque? Ce serait sans doute faire une supposition injurieuse pour sa mémoire; il a donné, en effet, trop de preuves de son courage pour que l'on imagine, sans autre indice, qu'il ait ainsi fui devant le danger. Il avait, d'ailleurs, une âme compatis- sante, et lui-même nous raconte, dans un chapitre de la Salade, qu'il céda tant qu'il put aux pleurs et prières d' « une très bonne femme nommée Jehanne », dont le mari venait d'être reconnu lépreux. « Plus esmeu a sa pitié que a raison ne a la rigueur de la loy, temporisay aulcunement, dit-il, jasoit c'on porroit dire que soubz ombre de pitié corruption fust embuschée » ; mais à la fin, sous la contrainte des clameurs publiques, il dut faire expul- ser d'Arles le malheureux que sa femme suivit dans son exil 3.
Les Catalans se tinrent heureusement assez à distance : au printemps de 1430, Antoine annonçait qu'il s'en trouvait en Languedoc, près de Nîmes, Saint-Gilles et Fourques, et invitait les conseillers arlésiens à prendre avec lui des mesures pour empêcher le passage du Rhône*. Les préparatifs de défense furent sans doute suffisants, car les ennemis s'éloignèrent^.
1. Arch. mun. d'Arles, BB l, fol. 84 v°. — Le 7 mai 1429, le trésorier de la ville payait uii acompte de trois florins pour les pierres des bombardes, pré- parées en vue de l'arrivée des Catalans (mêmes arch., CC 146, fol. 4 v°).
2. Idem, BB 1, fol. 90.
3. J. Nève, p. 242-244.
4. Arch. mun. d'Arles, BB 1, fol. 117.
5. Le 27 janvier 1430, sur la demande du gouverneur de Provence, trans- mise par Antoine de la Salle, la ville dut, « pro excessu commisso Aquis con- tra Judeos », expédier des gens d'armes au gouverneur. Pour subvenir à leurs dépenses, des commissaires furent nommés, dont Jean Romée, celui à qui Antoine avait cédé jadis sa maison [Idem, ibidem, fol. 106 v°).
78 ANTOINE DE La SALLE.
On ne saurait terminer le récit de l'administration de l'auteur du Petit Jehan de Saintré en Arles, sans faire remarquer qu'il s'intéressa aux écoles de la ville. C'est en effet uniquement dans les séances présidées par lui que les conseillers se préoccu- pèrent de la nomination d'un régenta Dans une séance sem- blable fut aussi admise une requête des joueurs de la Passion pour l'appropriation de la place publique, où ils donnaient leurs représentations'^.
Son temps révolu, Antoine de la Salle céda la place à Jean de Saint-Michel, capitaine et gouverneur des Baux, qui fut installé comme viguier d'Arles le 28 mai 1430. On ne sait ce qu'il devint aussitôt après ; mais on apprend par un document de 1432 qu'il avait établi sa résidence en Provence 3. 11 n'était donc pas repassé en Italie, lorsque le roi Louis III, libre de surveiller ses intérêts, était retourné dans le royaume de Naples, où sa pré- sence était plus que jamais nécessaire pour contrebalancer les influences exercées contre lui sur l'esprit de Jeanne II. Cela n'empêclia pas ce souverain de donner une nouvelle preuve de son estime pour son noble et excellent conseiller et fidèle aimé . Celui-ci lui avait transmis une supplique, exposant qu'il avait à peu près terminé la perception des quinze cents florins à lui alloués par les lettres patentes du 4 juin 1427 sur le château de Séderon et que, d'autre part, il avait à faire des dépenses et à supporter diverses charges pour son séjour en Provence. Aussi, le roi, pour lui permettre de vivre selon sa condition et pour le récompenser des longs services qu'il en avait déjà reçus, lui accorda- t-il, le 27 octobre 1432, la jouissance viagère de tous les droits et profits attachés à la possession de la seigneurie de Séderon, avec pouvoir de nommer chaque année le châtelain, bayle ou capitaine et le notaire, de retenir à son profit tous les revenus, d'exercer la juridiction au civil et au criminel, etc.^.
Pour comble de faveur (il est vrai qu'Antoine avait réclamé
1. Séances des 16 octobre 1429 (fol. 96 v) et 27 janvier 1430 (fol. 106 v).
2. Séance du 5 mars 1430 (fol. 110). — Il est curieux de remarquer qu'on dut faire venir le bourreau d'Avignon pour jouer son rôle dans la Passion (Arcli. mun. d'Arles, CC 148).
3. « Causantibus variis expensis et oneribus quas ipsum in patria nostra Pro- vincie residenliam faciendo subire opporlet » (J. Nève, p. 200, Pièce jusl. n" VI).
4. J. Nève, p. 259, Pièce jusl. n" VI.
NOCVEAUX DOCCMRPJTS SUR SA VIE. ' 79
davantage* en qualité de créancier des trente-six mille ducats dus à son père), le même jour, Louis III d'Anjou fit remise d'une double dette, l'une de trente ducats, l'autre de vingt-cinq florins, qu'il avait contractée envers Poncet de Rousset. Les biens de ce dernier avaient été en efi'et confisqués au profit du fisc royal pour crime de rébellion 2,
Ces largesses ne furent pas sans occasionner quelque embar- ras au bénéficiaire. Une ordonnance royale avait jadis défendu d'enregistrer et de mettre à exécution les lettres patentes qui n'avaient pas été présentées dans les quatre mois après leur con- cession. Comment Antoine de la Salle ne put-il se conformer à cette prescription 2? On ne sait; toujours est-il que les délais réglementaires étant expirés, il se heurta au refus des maîtres rationaux de la cour d'Aix pour l'enregistrement de ses titres. Il lui fallut obtenir du lieutenant général du roi en Provence des lettres spéciales, dérogeant à l'ordonnance, pour la reconnais- sance des droits et privilèges dont il avait été gratifié (4 avril 1433)^.
En cette même année 1433, il fut engagé dans des négocia- tions assez délicates. La lutte entre le pape Eugène IV et le con- cile de Bàle avait sa répercussion dans le comlé Venaissin. A la mort de François de Couzié, légat d'Avignon (31 décembre 1431), le pape avait désigné pour lui succéder Marc Condul- mier. Mais les Avignonais et les Comtadins s'étaient soulevés contre lui et avaient fait appel au concile de Bàle. Les Pères du synode, sans même en référer au souverain pontife, avaient nommé un nouveau légat, Alphonse Carillo (22 juin 1432). Celui-ci était venu en Avignon, avait chassé le représentant du pape et s'était fait reconnaître comme gouverneur de tout le pays. Mais Eugène IV, abandonnant Condulmier, avait déjà confié au cardinal Pierre de Foix la mission de lui reconquérir ses Etats français. Le cardinal avait accepté et réclamé le secours de son frère, le comte Jean, qui était accouru avec une armée pour mettre les révoltés à la raison. Ceux-ci s'étaient mis en état de défense, avaient même appelé le chef de routiers, Rodrigue de
1. « Apud celsiludineni suam majora vendicaiiti, » rapporte le roi René dans ses lettres patentes du 16 décembre 1436, citées ci-après.
2. Document n" IV.
3. Le rédacteur du document prétend qu'il l'ignorait.
4. Document n" V.
80 ANTOINE DE LA SALLE.
Villandrando, et ses compagnies de brigands, et avaient garni de troupes leurs villes et châteaux forts. Ils n'avaient pas réussi, cependant, à arrêter la marche victorieuse du cardinal et du comte de Foix, qui, après avoir traversé le Comtat, occupé Gar- pentras (12 mai 1433), Sorgues et d'autres localités, étaient arri- vés devant Avignon (15 mai), dont ils poussèrent si vigoureu- sement le siège qu'ils y entrèrent le 8 juillet suivant ' .
Les capitaines qui occupaient les forteresses comtadines, terrifiés de ces succès, abandonnés par Villandrando, n'avaient plus qu'une ressource : traiter avec le vainqueur. C'est à quoi se résolut le capitaine de Vaison^ Luquin Ricci ou Ris^; il eut recours, pour se soumettre et se recommander au cardinal, à Antoine de la Salle et à Berthold de Baschi. Ceux-ci vinrent trouver Pierre de Foix au château de Fargues-*, où il avait éta- bli son quartier général pour le siège d'Avignon, et là ils débat- tirent les conditions de la reddition de Vaison. Le traité fut con- clu, le G juillet 1433, en présence de Tanneguj duChâtel, prévôt de Paris ^; de Foulques d'Agout, seigneur de Mison; de Jean
1. Pour toute cette guerre, cf. Quicherat, Rodrigue de Villandrando, p. 94 et suiv.; Histoire générale de Languedoc (2° éd.), t. IX, p. 1114 et suiv.; comte F. de Grailly, Révolte des Avignonais et des Comtadins contre le pape Eugène IV et leur soumission par le légat Pierre de Foix, dans les Mémoires de l'Académie de Vaucluse, t. XVI, p. 324; L.-H. Labande et H. Requin, Tes- tament du cardinal Pierre de Foix, dans le Bulletin historique et philolo- gique, 1899, p. 274.
2. Les détails qui suivent n'ont encore été connus d'aucun historien de la ville de Vaison ou du comté Venaissin.
3. Les Ricci, apparentés à la grande famille florentine de ce nom, étaient établis à Avignon dès la seconde moitié du xiv" siècle. Georges Ricci, d'Asti, fut enseveli en 1400 à Avignon dans la chapelle fondée par lui dans le cloître des Cordeliers (Bibl. d'Avignon, ms. 33G5, fol. 85). François Ricci, damoiseau d'Avignon, reçut pour lui et sa famille des privilèges de Martin V à cause de sa fidélité à l'Église romaine, le 26 avril 1418 [Idem, fol. 16). C'était sans doute le père de Luquin Ricci. Celui-ci avait pour frères Bernard et Mathieu Ricci (cf. Document n° VI) ; Mathieu devint un très gros personnage à Avignon auprès du cardinal Pierre de Foix. Seigneur de Vedène et de Saint -Satur- nin d'Avignon, il obtint, le 22 mai 1441, l'inféodalion de la bastide de Fargues (ms. 3365, fol. 281). — Des Ricci se trouvèrent non seulement à Avignon, mais encore à Lagnes, Apt et dans diverses localités de la Provence.
4. Sur le territoire d'Avignon, entre les hameaux du Pontet et de Moulfavel.
5. Qui avait combattu en Italie (1409-1410) pour le compte de Louis II d'An- jou et qui, par conséquent, avait déjà d'anciennes relations avec Antoine de la Salle. Il fui plus tard sénéchal de Provence.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 8^
Dupuis, prévôt de Carpentras et de Digne, trésorier du comté Venaissin (Antoine de la Salle s'était déjà rencontré avec lui en Italie) S etc. Les représentants de Luquin Ricci furent même assez heureux pour lui obtenir un traitement des plus favo- rables ^
Je ne quitterai pas ce sujet sans faire observer que deux ou trois ans après se trouvait en Avignon toute une famille noble de la Salle \ originaire du diocèse d'Oloron, et qui pouvait appartenir à la parenté paternelle d'Antoine^ : c'était le damoiseau Pierre de la Salle ^, c'étaient les frères Gaillard^, Bertrand ou Bertra- net' et Verdolet de la Salle^, c'était encore Jean de la Salle ^ Ils étaient attirés par ce grand centre commercial qu'était alors Avignon, ville cosmopolite au possible depuis le séjour des papes. Plus tard encore, on verra arriver de Chiers ou Chieri*", près de Turin , des personnages portant encore le même nom , mais n'ayant aucun rapport de parenté avec les précédents ; ils fonde- ront à Avignon et dans le Comtat cette famille des la Salle, sei-
1. A Aversa, le l"'' septembre 1423 (Pilhon-Curt, op. cit., l. III, p. 218). Il était déjà trésorier du Comtat en 1426 (Arch. de la ville d'Avignon, boîte 10, E 5). Peut-être était-il parent de Jean Du|)uis, le viguier d'Arles, pré- décesseur d'Antoine.
2. Document n" VI.
3. Il y eut même plus tôt des la Salle à Avignon : un Pierre de la Salle (de Aula) était clavaire de l'évoque d'Avignon de 1325 à 1335 (Arch. dép. de Vau- cluse, G 9, fol. 351 V); en 1408, on a signalé le mariage de Marthe de la Salle avec Dragonet de Merles (comte E. de Balincourt, Deux livres de raison du XV° siècle. Les Merles de Beauchamps, p. 8).
4. Bien qu'ils ne soient pas nommés dans son testament.
5. Brèves du notaire Jacques Girardi (étude de M° de Beaulieu, d'Avignon), aux dates des 6 janvier, 3 février, 28 mars, 7 seplembre^ 5 novembre 1436; 12, 14 et 20 février, 16 et 20 mai 1438, etc.
6. Idem, aux dates des 7 et 10 septembre, 4 octobre 1436; 20 et 24 février, 19 et 20 mai 1438, etc.
7. Idem, aux dates des 9 novembre 1436, 22 janvier, 6, 12 et 28 février, 1"3 et 28 mars, 3 et 18 avril, 20 mai, 7 août, 1" octobre 1438, etc.
8. Idem, aux dates des 31 janvier, 6 février, 18 mars, 16 mai, 4 juin, 10 octobre 1438, etc.
9. Idem, aux dates des 19 et 20 février, 2 et 4 avril, 19 mai, 12, 16 et 18 septembre, 5 et 17 décembre 1438, etc.
10. Ce lieu d'origine ne fait aucun doute. Jean de la Salle, dans son testa- ment du 30 juillet 1517, s'intitule : « Johannes de la Sale, de Cherio, diocesis Thaurinensis, civis et habitator Avinionis » (Bibl. de Carpentras, ms. 1169, p. 234).
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82 ANTOINE DE LA SALLE.
gneurs de la Garde à Bédarrides*. Le premier, qu'on a supposé^, sans preuves d'ailleurs, être le petit-fils d'Antoine le littérateur, fut Jean de la Salle, né vers 1447, fils de Laurent et de Jaco- bine de la Salle ; il laissa ses parents en Piémont et vint à Avi- gnon dès 1479 '^ apprendre le métier de banquier, qui lui procura une très grosse fortune^. Il y fut rejoint quelque temps après par son frère, Jean-Albert, qui, moins heureux, dut reprendre vite le chemin de l'Italie^ Jean eut six enfants'', dont la postérité mas- culine ne s'éteignit qu'après plusieurs générations.
Les familles la Salle, au xv" siècle, étaient nombreuses, et il serait, je crois, téméraire d'essayer de les i^attacher les unes aux autres. C'est à une de ces familles, difierentes de toutes celles que je viens de mentionner, qu'appartint Jean de la Salle, maître d'hôtel du roi René, sur lequel on a publié plusieurs pièces d'archives''', non sans intention de le rattacher par quelque lien à Antoine.
Le premier document qui ait été jusqu'ici signalé sur Antoine de la Salle après 1433 est une charte du roi René, en date du 16 décembre 1436, qui révèle de notables changements dans la condition de notre personnage. Jusqu'ici il n'avait été désigné
1. El non, comme tous les auteurs l'ont imprimé depuis Pilhon-Curt, co-sei- gneurs de la Garde-Paréol et de Bédarrides. — Le fief de la Garde, sis à Bédarrides, a été acquis par Jean de la Salle les 9, 11 et 14 décembre 1500 {Idem, ibidem, p. 215 et suiv.). — Bédarrides, ch.-l. de cant. de l'arr. d'Avignon.
2. Pilhon-Curt, t. III, p. 218; reproduit par J. Nève, p. 272.
3. Bibl. de Carpentras, ms. 1169, p. 203 et suiv. — Jacobine de la Salle, habitant Chieri, est cilée dans le testament de son fils Jean. Celui-ci lui laissa l'usufruit des biens qu'il possédait encore en cette localité.
4. Idem, ibidem, p. 210 et 212.
5. Il acquit de très nombreux immeubles à Avignon (entre autres la livrée du cardinal de Florence), à Bédarrides et à Sarrians. Le marquis de Forlia d'Urban a fait le relevé de tous ses achats dans le ms. 1169 de Carpentras, p. 212 à 233.
6. Laurent, doyen de l'église de Villeneuve-lez-Avignon et chanoine d'Avi- gnon, mort en 1569; Clément P"', seigneur de la Garde, qui testa en 1550; Jean, mort jeune, après 1526; Marie, qui épousa, en 1523, Sébastien de Blé- giers, vice-recleur du Comlat ; Marguerite, qui épousa, en 1536, Gabriel de Seguins, seigneur des Baumettes, et enfin Françoise, qui se maria en 1534 avec Jean de Lopis.
7. J. Nève, p. 19 et 208. — Il existe encore sur lui d'autres actes aux archives des Bouches-du-Rhône, série B.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 83
qu'avec les qualificatifs de fidèle, d'écuyer d'écurie, de familier, de conseiller du roi ; maintenant le voici attaché à la personne du fils aîné de René d'Anjou comme précepteur ou gouverneur. De plus, il est marié.
Pour expliquer dans quelle situation il se trouvait et au milieu de quels événements sa vie s'accomplissait, il est nécessaire d'en- trer dans quelques détails historiques.
Le 12 novembre 1434, le roi Louis III mourait à Gosenza sans enfants. Son héritier était celui qu'on a appelé plus tard le bon roi René, son frère, duc de Bar et de Lorraine. Il fut reconnu comme tel par Jeanne II, reine de Naples, qui, elle à son tour, décéda le 2 février 1435. Par malheur, René, à la suite des compétitions d'Antoine de Vaudémont sur la Lorraine, com- pétitions soutenues par Pliilippe le Bon, duc de Bourgogne, à la suite également d'une campagne désastreuse qui s'était terminée par la défaite de Bulgnéville (2 juillet 1431), se trouvait prison- nier à Dijon et par conséquent dans l'impossibilité d'aller recueil- lir son héritage en Anjou, Provence et Italie. Cependant, le 30 avril 1432, après la signature d'un accord avec le duc de Bourgogne, il avait été mis en liberté provisoire ; mais il avait dû laisser entre les mains de son geôlier ses deux fils, Jean et Louise L'aîné de ces enfants, celui qu'Antoine de la Salle eut plus tard à prendre sous sa direction, était né le 2 août 1426 2; l'autre était de quatorze mois plus jeune'-. Quand, sur l'ordre de son implacable ennemi (25 décembre 1434), René était revenu à Dijon se constituer prisonnier, il n'avait pas réussi à obtenir la libération de ses deux fils. Le cadet, cependant, put être enlevé assez tôt au duc de Bourgogne pour être embarqué à la fin de l'été suivant avec sa mère, Isabelle de Lorraine, qui, avec la procuration de son mari 3, se hâtait de gagner le royaume de Naples ; mais Jean d'Anjou ne fut délivré que le 28 octobre 1435 et mis immédiatement en lieu sûr^.
N'est-ce pas dans ces circonstances que l'on donna à Antoine de la Salle la mission délicate et périlleuse de veiller sur
1. Lecoy de la Marche, Le Roi René, t. I, p. 96 et 97.
2. Idem, t. I, p. 433. — A la p. 67, le même auteur avait donné la date de 1427.
3. Du 4 juin 1435 (Lecoy de la Marche, t. I, p. 114). — L'acte fut passé à Dijon, où Isabelle de Lorraine reprit sans doute son fils.
4. Lecoy de la Marche, t. I, p. 117,
84 ANTOINE DE LA SALLE.
lui*? Les documents font, hélas! défaut, qui permettraient d'élu- cider ce point d'histoire. Toujours est-il que le roi René, à peine sorti définitivement de prison (il fut relâché le 8 novembre 1436), malgré toutes les préoccupations que lui imposaient le traité à conclure avec son ennemi et la réorganisation de ses États, crut devoir témoigner de sa reconnaissance envers celui qui avait eu la garde de son fils aîné. Antoine de la Salle avait eu soin d'ail- leurs de lui faire tenir une supplique, par laquelle il lui rappelait qu'il avait obtenu de son frère Louis III la jouissance du château de Séderon et que le trésor des rois de Sicile lui était toujours redevable des nombreux milliers de florins avancés par son père. Il demandait donc, si le roi avait ses services pour agréables, qu'on lui confirmât la jouissance de Séderon, non seulement pour lui, mais encore pour sa femme et le premier fils qu'il aurait. Cette supplique l'ut agréée par René, qui ne manqua pas de mettre en avant, comme justification de sa faveur, les « fructuosa servitia » rendus par Antoine à lui et à son fils aîné. Il lui imposa cependant l'obligation de dépenser, dans les dix-huit années suivantes, la somme de douze cents florins pour la cons- truction de la tour du château (Lille, 10 décembre 1436) ^
Cette fois encore, Antoine de la Salle fut retenu par divers empêchements occasionnés par son office auprès du duc de Calabre, Jean d'Anjou ^ et ne se trouva pas en mesure de pré- senter ses lettres patentes à la Cour des comptes d'Aix pour leur enregistrement et leur reconnaissance dans les délais légaux. Le bon roi René, sur sa demande, intervint pour que ce retard ne pût lui être dommageable et ordonna aux archivistes d'Aix de les enregistrer même après le temps réglementaire (16 sep- tembre 1437)''.
L'acte du 16 décembre 1436 est le premier qui fasse men- tion de son mariage. Avant sa publication récente par M. Nève, les historiens et critiques avaient été unanimes pour affirmer
1- Le comte de Qualrebarbes, qui a publié les Œuvres complètes du roi René, indique (t. 1, p. xliv) comme premiers éducateurs, précepteurs ou gou- verneurs de Jean d'Anjou, Henri de Ville, évêque de Toul, et Jean Manget, doyen de Sainl-Dié et auteur du Maistre des sentances, — Cf. aussi à ce sujet A. Lecoy de la Marche, t. II, p. 176.
2. J. Nève, p. 263, Pièce just. a° VII.
3. 11 reçut le titre de duc de Calabre quand il se maria (2 avril 1437).
4. Document n° VII.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 85
qu'Antoine de la Salle, réputé auteur des Quinze joies de mariage, était resté célibataire*. Et pourtant les derniers auteurs avaient eu connaissance d'une lettre adressée par lui à un religieux qu'il félicitait d'avoir quitté nouvellement le monde ; il l'avisait encore « que, si mon eage le peust. porter et je ne fusse en maryage obligié, a l'aide de Dieu, de Notre Dame », etc., «tu me serois example de ma très perileuse vie amendera » Ce texte très clairet ne prêtant aucunement à l'ambiguïté, avait été écarté ; maintenant, on ne pourra plus le faire, car les preuves abondent du mariage de notre littérateur.
Ce mariage doit se placer entre le 27 octobre 1432, date de la concession viagère de Séderon pour Antoine seul, et le 16 décembre 1436, date de l'acte ci-dessus analysé. Je serais assez porté à le fixer très près du 16 décembre 1436, car, une fois marié, Antoine s'est probablement hâté d'assurer à sa femme la jouissance d'un domaine qui lui permettait une existence en rapport avec son état.
Le nom de l'épousée n'est pas indiqué dans les premières lettres patentes du roi René, et M. Nève, le plus récent historien de la Salle, ne paraît pas l'avoir connu. Il est donné tout au long dans l'acte de vente de Séderon à Pierre de Mévouillon, le 20 octobre 1439 : Nobilis et egregia domicella domina Lyon de la Sellana de Brusa ^. René d'Anjou, dans ses lettres patentes du 5 décembre 1439, confirmatives de cet acte de vente, se con- tente de l'appeler : nobilis domicelle Leone de la Brossa*. Il est encore question d'elle dans des lettres du 5 août 1441 , sur lesquelles il y aura lieu de revenir; elle n'y est désignée que par ces mots : nobili domicelle Liane, iixori magnifîci Anthonii de Sala^; mais, par contre, on y apprend que le roi René lui avait constitué une dot de mille florins.
1. Cf. notamment G. Paris, Légendes du moyen âge, p. 68. — L'auteur des Quinze joies se dit en eflet célibataire.
2. Cette lettre, signalée par M. Sôderhjelm, p. 104, n. 1, a été publiée par M. J. Nève, p. 223. Elle n'est pas datée. — Voici ce qu'en écrivait M. Sôderhjelm : « Si cette lettre est de notre auteur, elle donne un renseigne- ment biographique d'assez grande importance; l'auteur y dit que, s'il n'était pas marié, il suivrait l'exemple de son ami. Or, nous ne savons rien sur le mariage d'Antoine, mais sa vie inconstante et ses écrits portent plutôt à croire qu'il était libre. »
3. Document n" X.
4. Arch. des Bouches-du-Rhône, B 12, fol. 11 v°.
5. Document n° XII.
86 ANTOI\E DE LA SALLE.
Ces indications, malheureusement, ne sont pas suffisantes pour faire connaître la date et les circonstances du mariage. Même la famille de cette Lionne de la Sellana de Brussa reste encore une énigme pour notre curiosité.
L'union, que je viens de retracer, paraît avoir été stérile. Aucun document, en effet, ne fait connaître d'enfant qui en soit issu. Le testament qu'Antoine rédigea en 1438 n'en mentionne aucun ; chose curieuse, en prenant ses dispositions dernières, il ne prévit même pas le cas où il laisserait d'héritier direct né ou à naître. On est donc fondé à croire qu'au moins les premières années du mariage de notre littérateur ont été infécondes.
Voici donc Antoine de la Salle marié et chargé de la garde, sinon déjà de l'éducation de Jean d'Anjou, fils aîné du roi de Sicile. Lorsque René lui octroya les lettres patentes du 16 décembre 1436, il devait se trouver à Dijon, où Jean d'Anjou avait été livré en otage au duc de Bourgogne, pour garantir l'exé- cution du traité mettant son père en libertés Sa détention ne fut pas de longue durée : le 6 février 1437, Philippe le Bon offrait de le rendre sous certaines conditions ^ D'ailleurs, trois jours auparavant, le même duc de Bourgogne était intervenu pour faire conclure le traité de son mariage avec sa nièce, Marie de Bourbon^.
Antoine et lui furent donc en mesure d'accompagner René, lorsque celui-ci alla prendre possession de son duché d'Anjou et faire son entrée solennelle à. Angers. C'est là que, le 2 avril 1437, fut célébré le mariage du jeune duc de Calabre, alors dans sa onzième année 4. Toute la cour du roi de Sicile le suivit encore lorsque, avec les ducs de Bourbon et d'Alençon, il alla rendre visite au duc de Bretagne, puis se rendit à Gien auprès de Charles VIL' (juillet-août 1437). Au mois de septembre suivants René et son fils aîné, celui-ci avec sa femme et son précepteur, avaient quitté l'Anjou pour la Provence, où des fêtes magni- fiques les attendaient à Arles, Aix et Marseille ^ Mais l'affection
1. A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 121.
2. Idem, t. I, p. 125.
3. Idem, t. I, p. 123, 124. — Elle était fille de Charles P', duc de Bourbon, et d'Agnès de Bourgogne. Elle mourut en 1488.
4. Idem, t. I, p. 130.
5. Idem, t. I, p. 131.
6. Cf. Document n° VII.
7. Lecoy de la Marche, t. 1, p. 134.
Nouveaux documents sur sa vie. 87
que lui témoignaient ses nouveaux sujets n'empêchait pas le bon roi de presser ses préparatifs pour aller retrouver à Naples sa femme et son deuxième fils, et défendre son royaume contre les attaques d'Alphonse V d'Aragon. Enfin, le 12 avril 1438, il mit à la voile ; trois jours après, il était à Gênes, où il était reçu avec les plus grands honneurs ; il en repartit le 26 du même mois et le
19 mai, aux acclamations de son peuple, il débarquait à Naples avec ses compagnons de voyage ^
Avant de prendre la mer à Marseille, Antoine de la Salle, aymii à songer à l'avenir et prévoyant le cas où il succomberait pendant le voyage, dicta son testament à un notaire de Mar- seille, Jean d'Escalis, le 30 mars 1438 ^ Il ne faisait en cela que se conformer à un usage assez général et nombre de ses com- pagnons de route s'étaient crus obbgésde l'imiter 3. Remarquons avec étonnement que, dans cet acte, il ne donne même pas une mention à sa femme, qui, pourtant, devait le suivre outre- mer^. Après avoir recommandé son âme à Dieu et à la Vierge, il laissa le soin de ses funérailles et de sa sépulture à ses héritiers et exécuteurs testamentaires; puis il ordonna de payer toutes ses dettes, dont il avait remis une note autographe à son procureur général, Paul de Laing-', sur les revenus du péage de Séderon et de ses autres rentes ou biens. Le reste serait partagé en quatre parties ; l'une servirait à la création d'un hôpital ou d'un cime- tière près de l'église de l'Annonciation à Séderon, au choix de
1. Lecoy de la Marche, t. I, p. 165, 166.
2. Une fausse indication donnée par le Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de Carpentras avait fait chercher jusqu'ici ce testament dans les minutes d'un problématique M° Jacques Caradet, notaire marseillais, où natu- rellement on ne l'avait pas trouvé (cf. J. Nève, p. 39, note). Il est publié ci-après, Document n" VIII, en provençal (minute) et en latin (texte définitif).
3. Tel Balthasar de Gérente, seigneur de Monclar et maître d'hôtel du roi René, témoin du testament d'Antoine de la Salle; il testa lui aussi le 9 juin 1438 (cf. Artefeuil, Histoire héroïque de la noblesse de Provence, t. I, p. 474). — Le roi René lui-même ne prit pas cette fois ses dernières dispositions, mais il les dicta le 29 juin 1453, avant de partir pour une nouvelle expédition (A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 273).
4. Elle comparaîtra dans l'acte de vente de la seigneurie de Séderon, passé le
20 janvier 1439 à Naples, dans la maison d'Antoine de la Salle.
5. La procuration qu'Antoine de la Salle lui avait remise concernait ses biens des comtés de Provence, de Forcalquier et Venaissin, ce qui prouve qu'il avait conservé au moins quelques immeubles ou rentes dans les États pontificaux de France.
88 ANTOINE DE LA SALLE.
ses héritiers et exécuteurs testamentaires ; la seconde, à la dota- tion de quatre pauvres filles orphelines venant se fixer à Séde- ron ; la troisième, à la fondation d'une messe basse quotidienne en la même église de Séderon et d'un service anniversaire annuel pour le repos de son âme et l'expiation de ses péchés; enfin, la dernière était laissée à ses exécuteurs testamentaires pour le paiement de leurs frais. Si les revenus, dont il disposait ainsi, n'étaient pas assez importants, ils seraient complétés par le pro- duit de la vente d'immeubles. Il légua ensuite la maison qu'il avait fait bâtir dans le bourg de Séderon et tous ses autres biens meubles, tels que livres, armures, mobilier, vaisselle d'étain, arbalètes, bombardes, etc., par égales parts à ses vieux servi- teurs, Adam de Montreuil, devenu fourrier du duc de Calabre, Paul de Laing et Gaston Maître, ce dernier d'Arles. Enfin, il institua pour légataires universels de ses autres immeubles, tels que le i\Ias-Blanc et la tour de Canilhac, et de tous ses droits, privilèges, actions et créances, sa plus proche parente, Guiote Flamenc', dame de Saint-Georges, et son mari, Antoine Alle- mand 2. Dans le cas où ces derniers ne laisseraient pas d'héritiers directs, il leur substituait pour une moitié Bertrand de Bayon», mari d'une cousine à lui, et leurs trois enfants, Jean, Anne et Honorât, et pour l'autre moitié son cousin, Antoine de Bonnieux^ Comme on a déjà fait la remarque, le testateur ne parlait ni de sa mère, qui devait être morte à ce moment-là, ni de sa femme, ni des enfants qu'il pourrait avoir avant de disparaître du monde.
Donc, après avoir accompli cet acte important, Antoine de la Salle s'était embarqué avec son souverain. Il l'avait suivi à Gênes et, avec toute sa suite, il était arrivé à Naples le 19 mai 1438. C'est là que nous allons le retrouver dans des circonstances mémorables où il a été acteur et dont il nous a conservé le souvenir.
1. Malgré mes recherches, je n'ai trouvé aucun renseignement sur cette parente d'Antoine de la Salle, ni sur la seigneurie de Saint-Georges, qu'elle possédait.
2. C'est probablement un des membres de cette grande famille dauphinoise des Allemand, dont les rameaux s'étendirent dans tout le midi.
3. Encore un personnage sur lequel on ne sait rien. Il appartenait à une famille marseillaise, pourtant bien connue, d'où est issue celle des Libertat. Cf. E. de Rozière, Table armoriale de l'Histoire héroïque de la noblesse de Provence, par Artefeuil, p. 21.
4. Personnage ignoré jusqu'ici. La famille était sans doute originaire de Bon- nieux, dans le comlé Venaissin, aujourd'hui ch.-l. de cant. de l'arr. d'Api.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 89
Après quelques mois de séjour au Castel-Capuano, à Naples, auprès de sa femme et de ses enfants, René se mit en campagne (août 1438), laissant toute sa famille sous la garde et protection d'Antoine de la Salle. Il emmena même avec lui le capitaine Jean Cossa, le futur sénéchal de Provence, dont le tombeau se voit encore aujourd'hui en l'église Sainte-Marthe de Tarascon^, qui, ordinairement, était chargé du soin de maintenir en sûreté la résidence royale. Mais, tandis qu'il s'attardait dans les Abruzzes, son compétiteur, le roi d'Aragon, « résolut de tenter un coup de main hardi sur la capitale ^ » et vint « par terre et par mer... asseigier la cité de Naples et le chastel de Capouanne, auquel estoient les très excellents princes et princesses madame Ysabel de Lorraine, royne de Secille, et monseigneur Jehan, leuraisné filz, duc de Galabre, et aussi madame Marie de Bourbon, sa cora- paigne..., car laditte cité... estoit pour lors très petitement prou- veue de gens et encore de vivres ■^, » La situation était d'autant plus critique que deux forteresses, le château de l'Œuf et le Gas- tel-Nuovo, étaient entre les mains de l'ennemi. L'armée arago- naise vint se loger dans les faubourgs et occuper les monastères et églises « au tret d'un arbalestre de la cité. Et en l'esglise de Saint Ange furent assis les gros canons pour tirer au long de l'esglise des Carmes, laquelle est hors et sur les hors des fossez de la cité^ » La valeur des assiégés suppléa à leur nombre; leurs capitaines étaient Jean de la Noze, Jacques Sannazar, Christophe de Crema et François de Pontadera ^ Quant à Antoine de la Salle, il était chargé du commandement du Castel-Capuano, résidence de la famille royale : c'était en somme le poste d'hon- neur. Le ciel favorisa les Napolitains. Et tout d'abord ils assis- tèrent avec Antoine à un fait qui leur parut merveilleux. Le premier coup de canon envoya par la grande verrière de l'église des Carmes une très grosse piei're, qui traversa le monument et vint couper deux des trois cordes « qui soubstenoient le grant crucefix qui sur l'entrée estoit ». Le lendemain, l'infant Don Pedro,
1. Cf. E. Mùntz, le Sculpteur Laurana et les tnonuments de la Renaissance à Tarascon, dans le t. I des Mémoires et monuments de la fondation Piot, p. 123 et suiv.
2. A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 174.
3. Septième chapitre de La Salle : J. Nève, p. 227.
4. Idem, ibidem.
5. A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 175.
90 ANTOINE DK LA SALLE.
frère du roi d'Aragon, qui dirigeait le tir de l'artillerie, en se rendant à l'église Saint-Erme, où il voulait « faire corner ses menestrieux », c'est-à-dire faire tonner ses bombardes, fut atteint par ricochet d'un boulet, que des artisans de la ville, à l'aide d' « ung chargié vuglaire, du gros des deux puings », avaient lancé dans sa direction. « Ung de ses gens de pié prist sa bar- rette d'escarlatte, ou estoient grant partie de sa teste, de sa clier- velle et des clieveulx, et s'en vint par les fossez audit cliastel de Capouenne, ou la royne de Sicille et monseigneur et dame de Calabre, enfans, estoient comme dit est. » Il espérait réjouir la reine, en lui annonçant la mort de son ennemi et en lui présen- tant ce trophée de guerre. Mais Isabelle de Lorraine, avertie par la Salle, ne put que plaindre la victime et verser des larmes sur sa fin malheureuse'. On dit même qu'elle fit arborer une bannière noire sur le sommet de son château et qu'elle offrit au roi d'Aragon d'ensevelir solennellement dans la cité le corps de son frère (18 octobre 1438).
Alphonse V voulut poursuivre les opérations du siège. « Si fist le roy oster de Saint Erme les bombardes et les fist asseoir devant la tour de la Nonciade et battre grant partie des murs. Et, quant il volt donner la bataille et tous les abillemens prez pour le bien matin assaillir, la très douce benoitte Nonciade se monstra ne estre pas bien contente d'avoir ainsi battu son com- pris, par quoy esclers, pluyes et tonnoirres ne cessèrent toute nuyt ne par l'espace de viii jours, dont les eauues et les bonnes furent si grandes que par force convint qu'il levast son ost et du tout se despartit ^. »
Quelques semaines plus tard, le roi René rentrait à Naples (vers le milieu de décembre) pour s'y reposer des fatigues de la campagne précédente et célébrer les heureux événements qui venaient de s'accomplir; il y donna une série de tournois et de fêtes^, où Antoine de la Salle, avec l'expérience qu'il pos- sédait des belles passes d'armes, dut jouer un rôle important. Le roi avait d'ailleurs à reconnaître par de nouvelles faveurs son zèle pour son service et pour le gouvernement du duc de Calabre, les peines qu'il avait prises jour et nuit, exposant sa personne à
1. La Salle, sepUènie cha|/itre, édité par J. Nève, p. 226 à 232. — Comparer ce récit avec celui qu'a donné M. A. Lecoy de la Marche, p. 175-177.
2. La Salle, même chapitre.
3. A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 178.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. . 9^
de redoutables périls et n'épargnant ni ses fatigues ni son argent. Le 20 janvier 1439, en considération de sa conduite méritoire, dont il déclarait vouloir conserver un souvenir ineffaçable, en compensation aussi des trente-six mille ducats avancés par Ber- nard de la Salle à Louis V d'Anjou lors de son avènement au royaume de Sicile, René lui donna, pour lui et ses héritiers ou successeurs, la propriété entière et complète de la seigneurie et du château de Séderon, dont il n'avait obtenu jusqu'ici que la jouissance viagère^
• J'ai écrit précédemment que les concessions des rois de Sicile permettaient surtout aux bénéficiaires de battre monnaie. Ce fut encore vrai pour les lettres patentes du 20 janvier 1439; elles laissèrent Antoine de la Salle libre de chercher un acquéreur pour sa nouvelle propriété. Il le trouva en la personne de Pierre de Mévouillon, seigneur de Ribiers^, premier écuyer et conseil- ler du roi René^; le 20 octobre de la même année, il lui céda le château et la forteresse de Séderon ^ au prix de quatre mille trois cents florins payés comptant. Lionne de la Sellana de Brussa, sa femme, intervint dans l'acte pour renoncer aux droits qu'elle pou- vait avoir sur Séderon, l'hypothèque de sa dot reposant sur ce domaine. Le contrat de vente fut passé dans la maison même d'Antoine, sise à Naples, sur la place Capouane et voisine de deux rues^\ Pierre de Mévouillon se fit confirmer son acquisition par le roi René le 5 décembre 1439'^; plus tard, il la comprit dans la liste des seigneuries pour lesquelles il rendit hommage à la Cour des comptes de Provence (6 novembre 1442)' et il la trans-
1. Document n" IX.
2. Hautes-Alpes, arr. de Gap, ch.-l. de cant.
3. Le 16 octobre 1439, il avait obtenu du roi René, en récompense de ses services, une pension de six cents florins à percevoir sur les revenus de jus- tice de la Cour des comptes d'Aix (Arch. des Bouches-du-Rhône, B12, fol. 1). — Ce Pierre de Mévouillon fut un peu plus tard chambellan, devint grand- écuyer du roi et fut un des premiers dignitaires de l'ordre du Croissant (A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 497, 498, 533). — René, par son testament du 29 juin 1453, lui donna un témoignage exceptionnel de confiance en l'instituant un de ses exécuteurs testamentaires {Idem, t. I, p. 276, n. 1).
4. A remarquer que Séderon est aussi le ch.-l. de cant, de la localité de Mévouillon, d'où étaient originaires les seigneurs de ce nom.
5. Document n° X.
6. Arch. des Bouches-du-Rhône, B 12, fol. 11 v.
7. Idem, B777, fol. 44.
92 l^iTOINE DE La SALLE.
mit à ses héritiers. La terre de Séderon resta dans sa famille jusqu'en 1520*.
La donation de ce domaine à Antoine de la Salle ne fut pas la seule libéralité du roi de Sicile qui lui fut octroyée pendant son séjour à Naples. Le 22 novembre 1439, faisant encore valoir les dangers, fatigues, dépenses et ennuis auxquels s'exposait son fidèle conseiller, gouverneur de Jean d'Anjou, duc de Calabre, René lui faisait d'avance remise, jusqu'à concurrence de la somme de sept cents florins , des droits de lods et trézain qu'il aurait à payer au trésor royal pour des biens aliénés ou achetés par lui dans les comtés de Provence et de Forcalquier. Il lui abandonnait en outre tous les droits qu'il devait à l'occasion de la vente de son château de Séderon à Pierre de Mévouillon^.
A cette date de novembre 1439, Antoine avait assisté et sans doute pris part à l'action vigoureuse qui avait enlevé aux Ara- gonais les forteresses napolitaines du Castel-Nuovo et du châ- teau de l'Œuf (24 et 25 août 1439) ; mais, par contre, on venait d'apprendre la mort subite du plus solide soutien du trône ange- vin, du vieux capitaine Jacques Caldora (18 novembre)^. Ce fut le signal des revers pour le parti de René. En vain, le 29 jan- vier 1440, le roi selançat-il dans une aventureuse expédition ; elle échoua par la trahison d'Antoine Caldora ^ En s'éloignant de Naples, il avait encore laissé toute sa famille dans le Castel- Capuano''; le départ de Jean Cossa, que la reine Isabelle expédia derrière lui^, avait sans doute fait remettre de nouveau à Antoine de la Salle le commandement de la forteresse et le soin de pour- voir à la sûreté de la maison royale. Heureusement, malgré un commencement de famine, la ville de Naples resta parfaitement tranquille. Quand René rentra dans sa capitale (vers la fin de juin 1440), Antoine put lui rendre le précieux dépôt qui lui avait été confié.
Les affaires du roi allaient cependant de mal en pis; son com- pétiteur aragonais était maître de la plus grande partie de son
1. Acte de vente de Séderon par Antoine de Mévouillon à Antoine Ronchon, d'Arles, pour trois mille quatre cents écus soleil, 12 décembre 1520 (Idem, B 27, fol. 76).
2. Document n° XI.
3. A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 179 et 185.
4. Idem, t. I, p. 191, 192.
5. Idem, t. I, p. 193. G. Idetn, t. I, p. 187.
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR SA VIE. 93
royaume, la défection de Caldora lui avait enlevé le plus fort contingent de ses troupes ; il lui fallait se résoudre à des actions décisives. Afin d'être moins gêné dans ses mouvements, il ren- voya dans ses Etats français sa femme, Isabelle de Lorraine, qu'il avait instituée lieutenant général dans ses duchés et com- tés (4 août 1440), et ses enfants '. Antoine de la Salle reprit donc tristement, avec le duc et la duchesse de Calabre, le chemin de la Provence, où certainement il n'avait pas compté revenir si vite et dans d'aussi mauvaises conditions. Il ne devait plus retourner, que nous sachions, sur cette terre classique de l'Italie, où il avait éprouvé si fortement l'influence de la littérature contem- poraine que l'on a notée dans ses œuvres. C'était également fini pour lui de prendre part à des actions militaires; il avait, du reste, environ cinquante-trois ans quand il revint en France, et il y en avait près de quarante qu'il courait le monde. Il était donc temps pour lui de se reposer. La vie qu'il mena dès lors fut exempte des troubles et des ennuis de toute sorte qu'il avait éprouvés dans le royaume de Naples; malgré le gouvernement de la personne et l'éducation du duc de Calabre, il eut enfin le loisir de se livrer à des travaux liltéraires, qui devenaient main- tenant une de ses principales préoccupations.
Mais, avant d'aborder cet ordre d'idées, signalons les dernières lettres patentes qui, à notre connaissance, aient été expédiées par la maison d'Anjou en sa faveur. Elles lui furent octroyées à Tarascon, le 5 août 1441, par la reine Isabelle, et elles avaient pour but le règlement de la dot de mille florins constituée par René au profit de Lionne de la Sellana de Brussa. Ces mille flo- rins devaient être perçus sur les droits de lods et trézain et sur les droits de rétention appartenant à la cour de Provence dans la viguerie de Forcalquier et un certain nombre de baylies; mais, comme les besoins du trésor royal étaient grands, qu'il fallait prélever sur ces revenus les gages des maîtres racionaux de la Chambre des comptes et envoyer des secours au souverain resté en Italie, il fut convenu avec Antoine que le produit des droits aS'ectés au paiement de la dot de sa femme lui serait versé une année et l'autre non, et ainsi de suite jusqu'à entière satis- faction ^
1. A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 198 et 199.
2. Document n° XII.
94 ANTOINE DE LA SALLE.
En attendant le retour du roi René, qui ne devait rentrer en Provence qu'au mois d'octobre 1442, après la perte complète de la ville et du royaume de Naples^ Antoine de la Salle' put commencer pour l'instruction du duc de Calabre le traité qu'il a intitulé la Salade, « pour ce que en la salade se mettent plusieurs bonnes herbes », et qu'il a dédié à son élève et à sa femme Marie de Bourbon. C'est le plus ancien de ses ouvrages qui nous soit connu, bien que depuis le temps de sa « florie jeunesse » il ait pris plaisir à écrire. Mais les « histoires honnorables » qui sor- tirent auparavant de sa plume sont encore à découvrir.
L'époque de la rédaction de la Salade a été fixée par tous les auteurs qui s'en sont occupés entre 1437, année du mariage du duc de Calabre, et 1442, date de l'expulsion définitive du roi René de l'Italie. On supposait vraisemblable que la dernière partie de l'ouvrage, contenant un abrégé de l'histoire de Sicile et une généalogie de la maison d'Aragon, ait été écrite avant l'abandon par René de son royaume de Naples^. Cet abrégé et cette généalogie n'auraient, en effet, été donnés que pour expli- quer au jeune prince les causes de la rivalité dont il était encore témoin. La date peut, à mon avis, être précisée davantage : d'abord il est plus admissible de croire que Antoine de la Salle se soit livré à des travaux littéraires dans toute la tranquillité dont il jouissait en Provence et en Lorraine plutôt qu'au milieu des troubles, des guerres et des préoccupations de toute espèce qui avaient rendu son séjour en Italie si laborieux.
Mais il y a mieux, la généalogie des rois d'Aragon a été écrite, dit l'auteur lui-même au duc de Calabre, pour démontrer le « très évident droit que le roy de Sicile, vostre père, mon souve- rain seigneur, et vous par conséquent, avez audit royaulme de
1. A. Lecoy de la Marche, t. I, p. 220; t. II, p. 445.
2. Il est vraisemblable que son élève et lui suivirent dans tous ses